La résistance triomphe presqu’à la cour !

voici un texte de Bernard et ses désaccords à lire:

«Rebondissements dans le procès des 193 arrêtéEs du 19 novembre 2004, jour d’un congrès du Parti libéral du Québec quand celui-ci en était à ses meilleurs moments : Le juge Morton Minc ordonne l’arrêt des procédures judiciaires à l’endroit de ces manifestantEs accuséEs d’avoir troublé l’ordre public, l’équivalent d’un attroupement illégal au criminel».

On pourrait imaginer cette poire de Claude Poirier commenter l’affaire en ces termes. Néanmoins, il est vrai pour une fois que jusqu’à preuve du contraire, les résistantEs de ce vendredi noir n’auront pas à payer leur ticket pour avoir bruyamment manifesté contre les conneries du gouvernement Charest. Le plus bizarre, c’est que le somnolent juge a bel et bien considéré coupable les résistantEs ayant usé de certains drapeaux, bannières et écharpes… mais il a trouvé que les policiers ont été encore bien plus méchants.

Il vaut la peine de rappeler les faits : le 19 novembre 2004, des centaines de manifestantEs ont croisé le fer au Square Philips en fin de journée à l’appel de la CLAC pour manifester contre la tenue d’un congrès du PLQ. Plusieurs de ces personnes s’étaient jointes à une manifestation de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) tenue l’après-midi même. La manifestation s’est entre autres rendue devant les bureaux du premier ministre Charest et devant le Palais des congrès, où se tenait ledit rendez-vous des chiffemolles conserlibérales. On était alors dans les pires moments de ce gouvernement entrant dans sa seconde année de charcutage, entre autres avec sa réingénierie de l’État, des syndicats et des moins nantiEs avec sa loi 57 (contre les personnes assistées sociales). La manifestation a malencontreusement pris fin sur René-Lévesque au coin University, par une arrestation de masse «tout ce qu’il y a de plus classique», avec lumières de discothèque, caoutchouc et bottes de cuir. Les grandEs criminelLEs, près de 200, s’en sont finalement sortiEs avec moins qu’une accusation criminelle (une contravention) et à 4-5 heures encercléEs et, les menottes dans le dos, assisEs en indien sur la chaussée en plein boulevard René-Lévesque par un temps… de la fin novembre. Enfin, pour s’assurer que la manifestation ne reprenne plusieurs heures après le «vous êtes en état d’arrestation», l’aventure s’est achevée par un charmant tour d’autobus de la STM blindé vers les stations de métro des extrémités de la ville (comme Angrignon et Henri-Bourassa).

Le SPVM dispose d’environ trois semaines pour porter la décision en appel. L’institution a connu un sacré revers, il est vrai, mais les médias ont aussi beaucoup joué cette carte du méchant policier («Le SPVM sévèrement blâmé» titrait la presse en une le lendemain du jugement, le 31 mai dernier). La spéculation va bon train. On a maintenant un SPVM qui n’a pas intérêt à se faire servir une jurisprudence qui libérerait éventuellement toutE manifestantE ayant subi un minimum de préjudices en cas de manif, comme le 19 novembre : forcé de s’asseoir à terre alors qu’il fait froid et menotté dans le dos, pas le droit de parler à unE avocatE pour plusieurs heures, pas d’accès à des toilettes, détention trop longue, etc. Les flics devraient peut-être aussi avaler leur pilule, mais ils pourraient aussi être tentés de faire appel justement parce qu’une gang de jeunes manifestantEs et de jeunes avocatEs brillantEs les ont fait passer pour une gang de caves.

Revenons aux mesures utilisées par les policiers qui auraient «un caractère abusif et vexatoire» et qui constitueraient une atteinte à la dignité humaine». Honnêtement, et c’est ça qui est merveilleux dans ce cas-ci, ces préjudices ne sont pas les pires à avoir été subis dans le cadre d’une manifestation s’étant conclue par une arrestation de masse, mais plutôt semblables aux tords subis dans toutes les arrestations de masse passées. Dans ce cas-ci, la détention en prison n’a pas été de 15 à 25 heures comme c’est souvent le cas. Dans le fabuleux encerclement où on est trop souvent tasséEs comme des sardines, on a déjà connu des épisodes où ça brassait ou on se faisait malmener davantage… Par ailleurs, l’absence de contact rapide avec unE avocatE ou de la lecture des droits et la fouille effectuée avec la plus grande témérité sont le lot de toutes les situations de ce genre. C’est une des raisons pour laquelle il faut se réjouir d’un tel jugement, qui éclaire beaucoup de lanternes sur l’abus complètement démesuré de droits qui se déroule quand on se fait prendre dans la souricière… D’ailleurs, on avait trop brièvement fait échos dans le rapport du comité de l’ONU sur les droits civils et politiques, il y a un an, de cette atteinte, où on avait même ciblé spécifiquement le SPVM parmi l’ensemble des corps policiers municipaux canadiens.

L’exemple patent du 19 novembre et ce jugement salutaire (même s’il s’avérait contesté) constituent une lueur au bout d’un tunnel pénitenciaire, et nos héros (en particulier nos avocatEs Binsse-Masse et Fortin-Legris de même que le prof Francis), des exemples de bravoure à saluer sur l’autel de la résistance : Bravo (les superlatifs sont toujours bienvenus en cas de rares bonnes nouvelles) !

Et pourquoi pas encore cette foutue chanson écrite en mars 2005, inspirée entre autres des événements de ce 19 novembre 2004 :

Arrestations de masse

Il faisait noir et on gelait des pieds
Les meilleures conditions pour manifester
Mais voilà qu’un convoi sorti de nulle part
De vans remplies de robots et de gyrophares

Étau resserré par une gang de violents
En courant partout, on ne fait que se rentrer dedans
En cherchant le moindre espace oublié
Se perdent les secondes et la liberté

Sophie tombée par terre se fait matraquer
À cinq sur Gaétan, la face sur la chaussée
La horde de boucliers fermait maintenant la rue
Buildings verrouillés, les flics avaient tout prévu

Plus tôt, les cris du cœur de Gaétan le cagoulé
Couverts de slogans, nous avaient réchauffés
C’était une manif somme toute normale
Qui pour une fois se passait à Montréal


Voici l’histoire vécue de Lucien et Gérard
Qui étaient dans les préparatifs de départ
D’une manif ponctuée d’une occupation
Dont ils étaient du commando comme de raison

À quelques heures du grand rendez-vous
Le téléphone sonna chez Gérard le pissou
Qui, des slogans, se fit demander d’être le scandeur
Pour la manif, ce qui pour lui était un honneur

Dès le départ la foule était en délire
Une manif contre laquelle il n’y avait rien à dire
Et l’ambiance atteint enfin son apogée
Quand on vit les résistants dans le lieu occupé

S’agitait une bannière de condamnation
Des crottés qui d’ordinaire occupaient la maison
De plus en plus présents, les flics bloquaient toutes les entrées
Comme si l’immeuble était devenu zone sinistrée

Presque sept ans plus tard, nous voici en appel
Et encore une vingtaine d’occupants sur l’autel
Qui doivent répondre d’atteintes à la bourgeoisie
Pour des meubles déplacés et quelques graffitis

Gérard avait depuis longtemps retrouvé la voix
Et Lucien était en train d’oublier tout ça
Mais le sort sera bien différent entre ces deux frères
Car Lucien écopera d’un casier judiciaire


S‘il s’avère encore que vous n’avez rien pigé
On parle ici d’atteintes aux droits de manifester
Quelle honte, 5000 arrestations abusives
En moins de 10 ans pour une société si peu combative

Serait-ce l’existence de la police communautaire
Ou de droits humains affaiblis par le laisser-faire
Chose certaine, l’État s’adonne toujours plus à la répression
Et les syndicats qui, ramollis, jouent au jeu des patrons

Et les aberrations se succèdent, l’attroupement illégal
Qui, même pour la cour suprême, n’a rien d’anormal
On nous fait payer combien d’heures supplémentaires
D’anti-émeutes et de mensonges dans le judiciaire

On devrait remplacer maints événements illusoires
Par des arrestations de masse comme milestones de l’histoire
Commando-bouffe, 1er mai à Westmount et CPQ
Tous les 15 mars, le dernier congrès du PLQ…

N’eut été des quelques chiffres du prof Francis
Du grand Alex et quelques autres devenuEs juristes
Dans ce monde, on ne ferait que criminaliser
Comme en Colombie, toujours au nom de la sécurité

Encore une cause qu’on laisse trop souvent lettre morte
Alors que personne ne gagne à agir de la sorte
C’est rendu que mes parents ne me demandent même plus ce que j’ai fait
Quand je leur tends mes accusations pour avoir troublé la paix

Publié par Santiago Bertolino le 11 juin 2007 à 06:38 PM TrackBack Commentaires (0)