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Salam, shalom. « Paix » en arabe; « paix » en hébreu. Deux langues soeurs. Deux peuples frères. Qui ont longtemps vécu en harmonie. Et pourtant : une haine quinquagénaire aujourd’hui.
Le désengagement de Gaza : et après?
En août-septembre 2005, le gouvernement israélien a évacué les colonies juives de la bande de Gaza. Beaucoup de médias du monde et une partie de la communauté internationale ont interprété ce retrait unilatéral comme un pas vers la restauration de la paix. En revanche, on n’a pas beaucoup insisté sur le fait que, pendant le retrait de 8 000 colons juifs de la bande de Gaza (c’est-à-dire 2 % de la population totale des colonies en territoire palestinien), le gouvernement Sharon construisait des habitations pour 30 000 nouveaux colons en Cisjordanie (1).
Faut-il le rappeler? L’implantation de colonies juives dans les territoires palestiniens, qui a commencé il y a 40 ans, c’est-à-dire dès le début de l’occupation par Israël des territoires palestiniens au terme de la Guerre de six jours en 1967, viole ouvertement la Quatrième Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, qui établit que « la Puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d'une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle ».
À Hébron, de nombreux observateurs internationaux et représentants de l’armée israélienne reconnaissent que les agressions des colons fondamentalistes à l’égard des civils palestiniens sont la principale cause des violences qui éclatent fréquemment.
Un microcosme du conflit
À Hébron, où Arabes et Juifs ont longtemps cohabité en harmonie, le bon voisinage n’est qu’un lointain souvenir, surtout depuis la construction de colonies juives directement au coeur de la vieille ville arabe. Effectivement, imaginez : des familles juives habitent au deuxième étage d'une série d'immeubles dont le rez-de-chaussée abrite des habitations et des commerces arabes. Les confrontations sont donc inévitables.
Cette partie de la ville, qu’on appelle la casbah, autrefois le centre économique et social d’Hébron, est aujourd’hui un quartier fantôme.
La casbah fait partie du secteur d’Hébron appelé H-2, sous contrôle israélien exclusif. H-2 correspond à 20 % de la municipalité, et comprend, outre la casbah, le Tombeau des patriarches et la mosquée Al-Ibrahimi, lieux saints du judaïsme et de l’islam respectivement. Au total, quatre colonies (Beit Romano, Beit Hadassa, Tel Humeida, Abraham Avhinu) sont imbriquées dans la partie ancienne d’Hébron. L’autre partie de la ville, H-1, qui correspond à 80 % de la municipalité, est sous contrôle palestinien de jure – sauf que, depuis la deuxième Intifada, l’armée israélienne a réinvesti l’ensemble de la ville.
Circuler à Hébron, surtout dans H-2, est une expérience pénible; il y a plus de 70 postes de contrôles et autres formes d’obstacles à la circulation dans H-2 seulement. Ce jour-là, l’atmosphère est relativement calme; mais la tension est palpable, en permanence. Des patrouilles de soldats arpentent les rues par groupe de six. Ils sont tous très jeunes – le service militaire est obligatoire à 18 ans. L’un deux semble particulièrement à l’affût de la prochaine occasion de prouver qu’il a le pouvoir; il a l’oeil agressif, le doigt sur la gâchette et un rictus sordide.
Le plan des faucons
L’État hébreu a pour but avoué de faire de la vieille partie arabe de Hébron une ville juive. Aujourd’hui, environ 500 colons juifs vivent dans ce secteur de Hébron, parmi 45 000 Palestiniens; mais la population arabe du secteur a chuté de 40 % depuis le début de la deuxième Intifada (2). Plus de 2 000 magasins ont fermé leurs portes. Donc tout laisse croire que le plan se concrétise comme prévu.
C’est le lendemain de la fin du Ramadan, les gens se remettent de la fête, la casbah est encore plus fantôme que d’habitude. Des garçons jouent au ballon dans la rue, leurs éclats de rire ressemblent à ceux de tous les enfants du monde, ils se taquinent, se tiraillent, s’adorent; nous sourient, nous saluent, nous demandent nos noms, sont contents de pratiquer les quelques mots d’anglais qu’ils connaissent. L’un deux décide de nous accompagner; il nous parle des commerces arabes qui ont fermé, de la vie d’avant si animée dans ce quartier, des colonies qui prennent de l’expansion chaque jour, des colons qui confisquent les habitations des Palestiniens sans que quiconque fasse quoi que ce soit pour les arrêter, de son désir de continuer de vivre ici malgré tout, puisque c’est chez lui.
Il nous rappelle aussi que le 25 février 1994, Barukh Goldstein, religieux ultranationaliste, assassinait au fusil mitrailleur 29 fidèles musulmans dans la mosquée Al-Ibrahimi, avant de se donner la mort. Ce fut le premier attentat-suicide commis après les accords isaélo-palestiniens d’Oslo, en août 1993. Goldstein entendait ainsi manifester son opposition à ces accords.
Haine et impunité
Les radicaux fondamentalistes les plus violents, en plus de jeter des ordures à leurs voisins palestiniens, détruisent leurs oliviers, empoisonnent leurs animaux, ravagent leurs récoltes, agressent les écoliers comme les vieillards, à coups de chaînes, de bâtons, de pierres (3). Croyant que la Terre sainte a été confiée au peuple hébreu directement par Dieu, ils sont tout autant persuadés que les Arabes ne sont pas chez eux et doivent partir. Soulignons que ces radicaux ne sont qu’une minorité; mais elle est très active, surtout à Hébron, qui est connue pour abriter les ultra-religieux les plus violents – notamment à cause des lieux saints qui s’y trouvent. Il ne faut pas non plus faire l’erreur d’assimiler les radicaux au reste de la population de l’État hébreu. Les Israéliens condamnent largement les agressions commises par les colons ultranationalistes. Pourtant, sauf exception, les colons bénéficient de la clémence systématique des forces de l’ordre israéliennes.
Qu’il suffise de rappeler la tragédie notoire de Hilmi Shusha, un enfant palestinien de 11 ans battu à mort le 27 octobre 1996 par un colon de Hébron, Nachum Korman, arrêté puis acquitté, sous prétexte que l’enfant était mort « tout seul des suites d’un accès d’émotion » (4). En appel, Korman a été condamné à six mois de travaux communautaires et à une amende de 17 500 $ US. B'Tselem, la principale organisation des droits de l'homme en Israël, a documenté des dizaines de cas semblables, où les coupables ont été acquittés ou ont reçu l’équivalent d’une tape sur la main (5).
En outre, il faut savoir que les Palestiniens, soumis à la loi martiale plutôt qu’au droit commun israélien, risquent des peines plus graves que leurs voisins pour des infractions équivalentes. Le 21 janvier 2001, un tribunal militaire a condamné une jeune palestinienne, Su’ad Hilmi Ghazal, à six ans et demi de prison, pour avoir poignardé et blessé un colon de Shave Shomron. Comme elle a été arrêtée en vertu de la loi martiale, elle ne pourra pas demander de réduction de peine ou de libération conditionnelle (6).
La population israélienne pour l’évacuation des colonies
Une autre chose à savoir : dans tous les sondages menés depuis quelques années, une majorité d’Israéliens se prononce pour le démantèlement des colonies. En outre, selon une enquête de La paix maintenant, réalisée en 2002, 68 % des colons obéiraient à une décision démocratique de retrait. Pourtant, l’État hébreu – qui a versé environ 750 000 $ en compensation à chaque famille évacuée de la bande de Gaza – n’a aucune intention d’envisager « un second désengagement », comme le précisait Ariel Sharon au Jerusalem Post le 22 août 2005.
Une enfance comme les autres?
À Hébron, les conditions de vie particulièrement difficiles n’ont pas eu raison de la qualité de l’accueil. Les commerçants et les passants nous souhaitent la bienvenue : visages rieurs, chaleur humaine spontanée, bonté sereine dans le regard. Les enfants jouent dans la rue, avec des camions, des poupées, des ballons. Ils veulent devenir acteurs, pompiers, vedettes de rock. C’est une enfance qui ressemble à tant d’autres. Et pourtant, très bientôt, sur le chemin de l’école par exemple, on rappellera à ces enfants-là qu’ils ne sont pas comme les autres.
Et ils ne sont pas au bout de leur peine. À Hébron comme ailleurs en Cisjordanie, la colonisation continue de façon immodérée. À ce jour, plus de 50 % de la Cisjordanie a été officiellement confisquée par Israël.
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Quelques sites pertinents
Christian Peace Maker Teams
www.cpt.org
Operation Dove
www.operationdove.org
Alternative Information Centre
www.alternativenews.org
B’Tselem, Israeli Information Center for Human Rights in the Occupied Territories
www.btselem.org
Stephen Shaner, photographe
www.stephenshaner.com
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(1) Shir Hever, The Gaza Withdrawal, Winners and Losers, série « The Economy of the Occupation », The Alternative Information Centre, 2003.
(2) Alternative Information Centre, Occupation in Hebron, Jérusalem, Israël, 2004, p. 6.
(3) Pour obtenir de plus amples informations sur ces agressions, consulter le site de Christian Peace Maker Teams, www.cpt.org et celui de Operation Dove, www.operationdove.org.
(4) Alternative Information Centre, Occupation in Hebron, Jérusalem, Israël, 2004, p. 34.
(5) Omar Barghouti, « Exécution d'un autre enfant à Rafah », CounterPunch, 25 octobre 2004.
(6) Palestinian Human Rights Monitor, Prosecutions Resulting in Eminently Inadequate Sentences, www.phrmg.org/monitor2002/mar2002-5.htm
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