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septembre 28, 2007

L'immigrant parfait et le paradoxe québécois

Imaginons quelque part sur terre un endroit ou des sociétés d'accueil, comme le Québec, auraient la possibilité d'aller magasiner des immigrants parfaits. Des hommes et des femmes dont les profils corresponderaient à des critères recommandés par des participants à la Commission Bouchard-Taylor. Si je me fie à certains propos entendus lors des forums de cette commission, l'immigrant parfait devrait respecter l'égalité homme femme, il devrait bien parler français, il devrait pratiquer sa religion uniquement chez-lui et pour reprendre le lapsus amusant d'une intervenante, la femme de l'immigrant devrait être ''déshabillée''!

Pour ajouter au ridicule de la perfection, pourquoi pas mettre en priorité des immigrants qui répondraient à des critères optionnels. Les blancs, les blonds, les grands et ceux dont les yeux sont couleur d'azur. Ne parlons pas de ceux dont la langue, la cuisine et le vin seraient exclusivement français...

Blague à part, au fur et à mesure que la Commission fait son tour du Québec, la plupart des propos entendus jusqu'à maintenant orientent le débat vers la place de l'immigrant et son intégration alors que la place de la religion en société devrait à mon avis être la question fondamentale. Le débat sur la place de la religion au Québec est entamée depuis presque 50 ans. Bien avant l'arrivée des foulards islamiques et les kirpans.

Quelques mois avant le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, certains médias et politiciens avaient savement entretenu la confusion entre immigration et religion. Deux débats qui méritent d'être abordés séparément. En mélangeant les deux débats lors des forums de la Commission, on peut observer à quel point l'immigrant parfait, est devenu la nouvelle obssession d'un Québec qui se découvre soudainement lui même imparfait. À force de pointer les signes religieux de certains immigrants, beaucoup de québécois ont soudainement découvert que des signes et des pratiques de la religion catholique ne sont pas totalement absents de certaines institutions du Québec. Je crains que la Commission, malgré certaines mises au point de Gérard Bouchard, ne fassent que cultiver le paradoxe.

Déjà le 26 mai 2005, les députés de l'Assemblée Nationale avaient consacré le paradoxe québécois en matière de religion en votant à l'unanimité (dans une salle où le crusufix est exposé depuis 1936) la fameuse motion interdisant tout tribunal islamique. Personne de ceux et celles qui prônent la laïcité comme solution idéale dans notre culture commune, n'avaient noté l'absence d'une nuance de taille dans cette motion. La marche du Québec vers la laïcité aurait fait tout un pas si la motion interdisait plutôt tout tribunal de type religieux. Mais le courage politique n'était pas au rendez-vous.

Sous prétexte que l'Ontario a failli introduire un tribunal islamique, les élus du Québec ont senti l'obligation d'envoyer un message clair, mais à qui? Personne au Québec n'avait fait la requête d'un tel tribunal. Je ne connais aucun musulman du Québec qui a déjà senti le besoin d'être jugé selon d'autres lois. Le code civil au Québec ne donne, de toute façon, aucune chance à l'avènement d'un tel tribunal. Mais puisqu'un avertissement devait se faire, pourquoi ne pas l'avoir fait simplement sous forme de Déclaration, à savoir que désormais le Québec est une société laïque. Un nouveau tribunal de quelque religion que ce soit ne serait pas le bienvenu. Cette nuance de taille a échappé même à mes amis du Mouvement Laïque Québécois qui ont applaudit cette motion en sous-estimant les conséquences de l'amalgame qu'elle contient et son impact sur l'opinion publique.

Lorsqu'on veut protéger sa maison du vol, on ne programme pas de codes qui permettraient à certains voleurs, mais pas à d'autres, de franchir la porte. La motion du 26 mai 2005 laisse entendre que la laïcité au Québec est de mise uniquement quand il s'agit d'islam ou de musulman. Ce n'est pas étonnant que la confusion régne encore dans les forums de la Commission.

La tragédie du 11 septembre et les deux guerres qu'elle a provoquée en Irak et en Afghanistan, devrait plus que jamais nous rappeler que la laïcité est née comme alternative suite à des siècles de guerres de religions. Le 11 septembre aura eu raison de nous si le raisonnable fait place à un certain aveuglement. Aussi longtemps que le Québec ne se dotera pas d'une charte sur la laïcité, les confusions, les amalgames et les paradoxes subsisteront. De toutes les interventions aux différents forums de la Commission Bochard-Taylor, je note celle d'un jeune de St-Jérôme qui rappelait avec raison que nous n'avons qu'à être le modèle de ce que nous demandons aux nouveaux immigrants. Qu'il s'agisse de laïcité, d'égalité homme femme ou de français, le Québec a besoin davantage de se tenir debout devant lui-même.

Ceci dit, puisque l'immigrant parfait n'existe pas. Pas plus que le québécois parfait, ne nous trompons pas de débat... Ça risque de faire davantage l'affaire de certains politiciens dont l'agenda compte sur une plus grande tension entre les ''Nous-autres'' et les ''Eux-autres''.


Mohamed Lotfi
Réalisateur de l'émission ''Souverains anonymes''
avec les détenus de la prison de Bordeaux à Montréal

La mission canadienne en Afghanistan; « c’est quoi tout ce cirque!? »

Voici un remontage assez inspirant, que j’ai trouvé sur Youtube, d’un extrait du bulletin de nouvelle de Radio-Canada du 19 septembre 2007 dernier… Je ne vous en dis pas plus, bon visionnement ;)

Pour conclure, je vous laisse sur cet extrait du communiqué de presse du Collectif Échec à la guerre, qui était aussi présent lors de ce souper-causerie sur la guerre en Afghanistan le 19 septembre dernier, mais à l'extérieur des murs:

« Il est intéressant de noter que ce colloque, organisé par deux groupes d’études universitaires et qui dit avoir pour objectif principal « l’analyse du rôle joué par le Canada et la communauté internationale en Afghanistan depuis 2001 » reçoit le « généreux soutien » entre autres de Bell Hélicoptère.

Pour en savoir plus voici quelques liens:

-Le ministre des Affaires étrangères reçoit le ''baptême de feu'' - Montreal

- Mission canadienne en Afghanistan - Le ministre Bernier chahuté

- Maxime Bernier au GERSI et au CÉRIUM : "Les Canadiens, et les Québécois, ont l’habitude de terminer ce qu’ils ont commencé"

- Venez dénoncer la complicité avec la guerre en Afghanistan (communiqué du Collectif Échec à la guerre)

septembre 27, 2007

La coquille vide du Parti communiste chinois, par Cai Chongguo

On aura rarement vu, pour la fête anniversaire du parti, le 1er juillet, une ambiance aussi déprimée en Chine. Depuis la fin du mois de mai, les sites Internet ont dénoncé les scandales des conditions de travail et, pour commencer, celui des ouvriers esclaves employés dans une briqueterie. La presse et la télévision officielles elles-mêmes ont dû parler de cette affaire. La briqueterie du Shanxi employait trente-deux gosses. Quelques jours plus tard, quatre cents pères d'enfants disparus ont lancé un appel de recherche désespéré. Tous les médias et sites Internet ont évoqué ces scandales: des enfants de 8 à 13 ans, réduits à l'esclavage dans cette briqueterie, subissaient des sévices quotidiens, sans aucun salaire et laissés plusieurs mois sans possibilité de se laver.

Cette barbarie a été dévoilée dans une Chine qui compte déjà 150 millions d'internautes et 50 millions de blogueurs. Le réseau a fourni un espace de discussion et de commentaires comme on n'en avait jamais vu depuis 1989. Chaque émotion manifestée devant le sort réservé à ces enfants a suscité un émoi cumulatif chez d'autres internautes. A cette émotion s'est ajoutée de l'indignation du fait de l'implication du parti et des autorités locales dans ces affaires. Le secrétaire du parti dans le village appartenait à la famille qui possédait la briqueterie et il était membre de l'assemblée populaire locale.

On s'est mis alors à reparler des explosions dans les mines, des trafics d'enfants ou du travail forcé, choses révélées depuis des années dans la presse mais d'une façon dispersée; alors qu'aujourd'hui cette accumulation de faits frappe les esprits et provoque une sorte de choc. Devant cette indignation collective, la censure gouvernementale s'est trouvée paralysée pendant deux semaines et n'a pas su comment intervenir. Elle a laissé les internautes s'exprimer librement sur le sujet pour exprimer leurs colères et donner leurs analyses et leurs commentaires.

Ces discussions ont montré que le travail sous contrainte est en train de s'institutionnaliser un peu partout dans le pays et que, si les journaux avaient soulevé la question depuis longtemps, le gouvernement n'avait pratiquement pas réagi. Il en a résulté un flot de critiques, voire d'insultes, à l'égard des dirigeants et du parti, avec des phrases non censurées telles que: "Nous sommes tous des esclaves des gens de Zhongnanhai"; "Ils se comportent en propriétaires d'esclaves". Autrement dit des termes mille fois plus durs que ceux des dissidents de naguère.

On a commencé à croire ce à quoi on ne croyait pas auparavant: par exemple, les critiques émanant des pays occidentaux au sujet des droits de l'homme ou de la tragédie de 1989 à Tiananmen. On s'est rendu compte que le pays pouvait laisser s'installer une extrême cruauté. L'on s'est mis à s'interroger sur le rôle historique du parti, au pouvoir depuis plus d'un demi-siècle, lui qui se vantait d'avoir permis au peuple chinois d'échapper à l'oppression et d'avoir sorti les paysans de l'esclavagisme.

Les débats mettent en cause aussi le fonctionnement du parti dans ses organisations de base, qui ne se contentent pas de défendre l'intérêt de patrons engagés dans une exploitation sans merci des ouvriers mais s'y impliquent directement. Reprenant les conceptions marxistes de l'histoire, les blogueurs ironisent: "Nous sommes parvenus à l'étape du communisme primitif et, selon les lois du matérialisme historique, nous en arrivons à la période esclavagiste, qui est désormais notre avenir".

Ainsi, en un mois, est parti en fumée tout le travail mené depuis cinq ans par les dirigeants actuels quant à la nécessité pour le parti d'être proche du peuple et quant à la construction d'une "société d'harmonie". Le terme même de "société harmonieuse" a pris un sens ironique: "harmoniser" est devenu synonyme de réprimer ou de censurer. On ne dit plus: "on l'a arrêté", mais "on l'a harmonisé"; "on a censuré mon article" est remplacé par "mon article a été harmonisé"... Ces discussions ébranlent profondément la crédibilité du parti et son autorité. Elles mettent en cause jusqu'à son rôle historique et à sa nature au moment où on s'apprête à en fêter l'anniversaire. Mais le malaise ne s'arrête pas là: il touche aussi l'organisation du PCC.

En octobre 2006, un jeune chercheur de l'Institut politique de la jeunesse (à Pékin), M. Chen Shengluo, a remis un rapport de recherche menée sur le terrain pour observer comment le parti s'organisait au sein des entreprises d'Etat, naguère un de ses bastions. Conclusion: il n'y a pratiquement plus d'organisation à la base; sur 70 millions de membres, 40 millions seraient inactifs ou "laisseraient glisser".

Il faut dire que, depuis dix ans, avec les privatisations et les fermetures d'usines, beaucoup de membres du parti ont été licenciés; d'autres, les paysans membres du parti, ont quitté la campagne et abandonné leur groupe politique initial et sont devenus "communistes immigrants". En ville, ils ne trouvent pas d'association équivalente dans les entreprises étrangères dont le patronat, venu de Hongkong ou de Taïwan, s'intéresse peu à la présence de communistes dans ses entreprises.

Certains vont jusqu'à dire du PC qu'il s'agit d'un parti clandestin! En effet, 60 % des entreprises sont privées ou appartiennent à des capitalistes étrangers. Nombre de patrons n'ont donc pas de carte du parti, bien que ce soient eux qui prennent les décisions; la cellule du parti se borne à soutenir leurs choix. Autrement dit, dans l'entreprise, c'est plutôt les capitalistes qui dirigent le parti que l'inverse; ils peuvent licencier les salariés, membres ou non du PC.

Dans cette situation peu glorieuse, nombre de communistes n'avouent plus leur appartenance. Ils redoutent les moqueries et, en outre, se faire reconnaître comme communiste compliquerait pour eux la recherche d'un autre emploi. Dans l'entreprise, d'ailleurs, avec des journées de travail de douze ou quatorze heures, il n'y a souvent ni temps ni local réservé pour mener les activités du parti.

Dans l'idéologie officielle, le parti constitue toujours une "avant-garde" de classe ouvrière et de paysans, dirige le pays vers la société communiste. Mais personne ne croit plus à cette fiction dans une Chine où la croissance s'emballe sur les marchés extérieurs. Cette crise n'est pas sans engendrer de graves problèmes, et d'abord sur les motifs d'adhésion.

Pourquoi aujourd'hui adhérer au Parti communiste? Les motivations glorieuses d'autrefois ont disparu, et il n'y a plus guère d'idéologie depuis la fin des années 1970. Maintenant, l'on adhère par intérêt personnel, pour obtenir une promotion, par arrivisme. Les candidats se recrutent donc souvent dans les milieux affairistes. Les pratiques courantes de corruption les éloignent des gens honnêtes et talentueux, soucieux de garder leurs distances envers le parti. On doit cependant reconnaître que l'organisation se maintient dans plusieurs sphères de la société, et notamment dans l'armée, dans la police et dans l'administration. Mais ailleurs, dans les campagnes ou dans les usines, on peut dire qu'il s'agit pratiquement d'une coquille vide.

Un tel parti, sans organisation de base ni prestige et dont les membres s'attirent le mépris de la population, ne peut plus absorber les élites politiques et les forces vives de la population. Il dirige un pays à la puissance grandissante et de plus en plus complexe. Il lui faut donc inévitablement se poser la question de son avenir et de celui du monde. A 86 ans, il est entré dans une crise aux multiples aspects et symptômes, mais dont on ne voit pas l'issue pour l'instant.

Cai Chongguo, dissident chinois en exil en France,
auteur de "Chine, l'envers de la puissance" (Editions Mango)


[Pendant la révolte de Tiananmen en 1989, Cai était proche des travailleurs (peu nombreux) qui tentaient d'organiser des syndicats libres. Il participe maintenant au Chinese Labour Bulletin, publié à Hong Kong. il vit à Paris.]

septembre 26, 2007

Un accommodement déraisonnable : le capitalisme

Depuis quelques mois, la presse et les médias de la bourgeoisie ont lancé une vaste campagne pour chercher à diviser les ouvriers immigrés, les ouvriers québécois et les ouvriers autochtones. Le prétexte: des accommodements raisonnables pour les communautés juives et musulmanes. Par exemple même si aucune organisation religieuse islamique n’a demandé le port du voile lors du vote, les médias ne cessent d’en parler. Tout ce débat diviseur veut nous faire oublier que le vote est complètement inutile pour les prolétaires quelle soit leur origine. Chez les politiciens, cela a culminé par la création de la commission Bouchard-Taylor qui doit faire le tour du Québec. Tous, bourgeois, petit-bourgeois et ouvriers sont invités comme « citoyens » à donner leur opinion.

Cette campagne vise à alimenter les pires idéologies bourgeoises tel le racisme, la xénophobie, le nationalisme, le "chacun pour soi". La classe des capitalistes ne vise qu'un seul but: empêcher le prolétariat d'affirmer sa solidarité et son unité de classe internationales. En tentant de faire croire que les prolétaires québécois auraient quelque chose à sauvegarder, à défendre contre tous les immigrants venus de pays arabes ou d'ailleurs, tout ce battage médiatique s'efforce de leur faire oublier que la situation d'immigrés* fait partie de l'être-même de la classe ouvrière, de la misère de sa propre condition de classe exploitée.

Nous avons même entendu la « châtelaine », Pauline Marois, nous parler du « Nous identitaire » des nationalistes. Ce « Nous identitaire » , c’est le droit de se faire exploiter par des hommes et femmes d’affaires d’ici. Les élites bourgeoises empêcheront toujours une véritable solidarité ouvrière qui doit dépasser les nationalités. La "croyance" envers l'Etat bourgeois "laïc" comme ultime juge de paix et de cohésion sociales, c’est de la foutaise toute juste bonne pour les syndicats. Car, derrière tout ce débat sur les accommodements raisonnables c’est la défense de la « laïcité » qui est en fait la défense de l'Etat bourgeois et de sa démocratie qui est mise en avant.

Par ailleurs il n'est nullement dans les desseins du gouvernement de réduire l’importance des religions mais il vise au contraire à les renforcer: c'est ainsi que c'est sous la houlette de l'Etat "laïc"que nous verrons fleurir à l’automne 2008 des cours sur toutes les religions dans les écoles. Les religions seront toujours l’opium du peuple.

Face à la misère et à la barbarie de ce monde en pleine putréfaction, il n'y a qu'une seule perspective pour la classe ouvrière: rejeter fermement la logique de la concurrence et du "chacun pour soi" de ses propres exploiteurs. Quelles que soient son origine, sa langue, sa couleur de peau, sa religion, le prolétariat n'a aucun intérêt commun avec le capital national. Ses intérêts, il ne pourra réellement les défendre qu'en développant partout sa solidarité de classe internationale, en refusant de se laisser diviser entre ouvriers immigrés, canadiens, québécois et autochtones.

Seule l'affirmation de ses intérêts communs, dans la lutte, permettra au prolétariat de rassembler toutes ses forces, de s'affirmer comme classe mondiale solidaire et unie, pour abattre le Moloch capitaliste avant qu'il ne détruise toute la planète.


* De 1840 à 1930, 900 000 canadiens français émigrent aux USA. Il est effarant de lire le rapport raciste d’un fonctionnaire américain :

« À quelques exceptions près, les canadien-français sont les Chinois des État-Unis. Ils ne portent aucun intérêt à nos institutions civiles et politiques ou à notre système d’éducation. Ils ne viennent pas ici pour s’établir parmi nous, ou pour acquérir le statut de citoyen et donc pour s’intégrer à nous, mais plutôt pour séjourner ici quelques années comme des étrangers... ils sont des ouvriers infatigables et dociles… Gagner autant que possible indifféremment du nombre d’heures de travail, vivre dans le plus grand dénuement afin d’éviter le plus possible la dépense et afin de grossir leurs économies et de les sortir du pays une fois accumulées; voilà en somme le but des canadiens-français qui habitent nos régions industrielles. »

Massachusetts Report on statistics of labor Boston
1882

septembre 24, 2007

Répercussions

LES FILMS DU DRAPEAU BLANC présentent R É P E R C U S S I O N S

Un documentaire de 50 min. du réalisateur Anton Fischlin
Première montréalaise au LION D’OR le 25 septembre 2007

RÉPERCUSSIONS vous invite au Japon à l’exposition universelle Aichi 2005, « La Sagesse de la Nature », afin de découvrir les solutions proposées pour mettre un frein à la pollution environnementale.

Imaginez une planète où humains et technologie seraient en harmonie avec la nature. Laissez-vous surprendre par les moyens ingénieux déployés sur le site même de l’Expo - utilisation d’énergies propres et renouvelables, moyens de transport écologique et système de recyclage - afin d’atteindre l’objectif « Zéro déchet ». L’avènement d’un mode de vie plus respectueux de l’environnement devient alors non seulement souhaitable, mais réalisable.

En 2005, la version courte de RÉPERCUSSIONS remporte le prix Parole citoyenne (ONF) du Meilleur film
documentaire de Caméra verte.

En 2007, la version longue de RÉPERCUSSIONS est choisi - Film de clôture - et remporte le prix du Meilleur film documentaire « Énergie alternative » au EarthVision International Environmental Film Festival 2007, Santa Cruz, Californie.

SEATTLE, WASHINGTON — Hazel Wolf Environmental Film Network — Première mondiale
SANTA CRUZ, CALIFORNIA — EarthVision Film Festival — Film de clôture — Meilleur documentaire —
Catégorie « Énergie alternative »
PORTNEUF, QUÉBEC — Festival de films de Portneuf sur l'environnement — Compétition officielle
SEATTLE, WASHINGTON — 911 Media Arts Center — Green Film Series
ORLANDO, FLORIDE — Global Peace Film Festival

Anton Fischlin oeuvre dans le monde de la télévision et du cinéma montréalais depuis 1997. Comme monteur sonore, son travail lui vaut nominations et prix Gémeaux, notamment pour le meilleur son documentaire sur la série Mission Arctique (Jean Lemire). II a travaillé, entre autres, sur C.R.A.Z.Y. (Jean-Marc Vallée), Moi, j'me fais mon cinéma (Gilles Carle) et Le cabinet du docteur Ferron (Jean-Daniel Lafond).

En 2002, Anton Fischlin fonde Les Films du Drapeau Blanc, une compagnie indépendante de production vidéo dont le mandat est d’explorer les solutions environnementales pour ainsi créer d’une façon positive un dialogue sur les enjeux mondiaux contemporains.

RÉPERCUSSIONS
Anton Fischlin (QUÉ/CAN, 2007) 50 min. narration française avec sous-titres
AU LION D'OR - 1676 rue Ontario Est, Montréal
MARDI LE 25 SEPT. 2007
Présentation à 20h30 (porte 20h00)

Images et dernières nouvelles de RÉPERCUSSIONS: www.whiteflagfilms.com
Pour informations, entrevues et matériel publicitaire, S.V.P. contactez:
Anton Fischlin – LES FILMS DU DRAPEAU BLANC
7883 Foucher, Montréal, QC, Canada, H2R 2K8 – Tél.: 514.948.5880 / Cell.: 514.702.9124
info@whiteflagfilms.com / antonfischlin@yahoo.ca

septembre 23, 2007

Squat Kanada !!

Le Comité autoformation du centre social autogéré à Pointe-Saint-Charles…

…vous convient à une soirée publique sur les squats au Canada - et à un party

Quand : le samedi 29 septembre, 2007, dès 18h
Où : La maison St-Columba, 2365 Rue Grand Trunk, à Pointe-Saint-Charles (2 minutes du Métro Charlevoix, accessible par piste cyclable).

Au programme :
18h00 - bouffe potlach, chacun.e amène quelque chose à partager.

19h00 – Ateliers-discussion
o Présentation des principales expériences de squat au Canada.
o Cadre légal canadien, motifs d’éviction, répression.
o Résumé du bilan du squat Overdale-Préfontaine et discussion sur les enjeux de ce squat.
o Discussion : enjeux et perspectives sur le squattage au Québec.

21h30 – Projection du film Squat! (Eve Lamont, 2002, 90 min., sous-titres anglais)

23h00 – Party!!

* * * plus d'info sur des squats canadiens et d'ailleurs * * *

info: csa@revolte.biz

septembre 22, 2007

Les frontières de nos rêves...

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Voici un site qui présente le résultat d'un projet artistique, le Border Film Project. Ce dernier vise à cerner les représentations de la vie quotidienne des milices privées qui "surveillent" la frontière USA / Mexique et des émigrants clandestins mexicains.

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Des appareils photos ont été distribués aux deux groupes. Ci-dessus, un mexicain tentant de fuire les conditions de vie de son pays natal et de gagner, "illégalement", l'American Dream. Ci-dessous, un Minute man, c'est-à-dire un de ces miliciens privés qui font la chasse aux clandestins.

Je vous invite à visiter les sites internet de ces derniers (il y en a plusieurs) pour mesurer les intentions de cette milice d'extrême droite.droite.jpg

En tout cas, cette exposition est joue bien son rôle au niveau de l'imaginaire. On n'ose cependant imaginer des photos qui montrent le contact entre les deux communautés.

septembre 20, 2007

Chomsky ou Val, Choisissez votre gauche

Voici une chronique récente de Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, qui associe Oussama Ben Laden avec Noam Chomsky, du moins sur leur vision de nos médias, lesquels ne seraient que "des instruments des empires colonialistes".

http://www.itu.dk/people/nf/acrimed/inter_val_7_10_chomsky_140907.mp3
Format mp3 - Durée : 3’ 03" - Téléchargeable ici

Et voici un article de Henri Maler de ACRIMED (Action critique des médias) qui critique (souvent) l'opinion de Philippe Val.

Et vous ? De quelle gauche êtes-vous ?

Pour ma part, j'apprécie moins Monsieur Val qu'auparavant. Il me semble que ses implications multi-médiatiques en font de plus en plus un polémiste de pacotille à la Martineau.

septembre 18, 2007

Une commission sur les valeurs fondamentales du Québec?

Bon. À l'heure où la commission Bouchard-Taylor vient de se mettre à l'écoute de la population au sujet des accommodements raisonnables, une question lancinante et pénible nous revient constamment à l'esprit: Quelles sont les valeurs fondamentales du Québec?

Car nonobstant certains chroniqueurs qui réduisent allégrement la culture québécoise aux tourtières et aux ceintures fléchées, il demeure que notre culture est bâtie sur des valeurs un peu plus vastes qui contribuent à l'unicité et à l'attrait que le Québec exerce dans le monde.

Et non, les jeunes Montréalais ne flottent pas, comme certains, dans le nirvana du village global. Ils sont confrontés quotidiennement à une intégration difficile auprès des communautés avec l'impression que nous n'avons aucunes valeurs solides à opposer aux certitudes des autres. Et que de plus ce seront eux qui auront à vivre avec les conséquences des décisions de la commission.

Il faut dire que c'est très irritant ce sentiment de n'avoir aucuns repère et aucune identité propre quand les autres semblent si bien connaître les leurs. Avant de créer une commission sur les accommodements raisonnables, il eut été pertinent d'en faire une et d'avoir un document solide sur les valeurs fondamentales du Québec.

Genre catégorie non-négociable;

Priorité absolue du français dans tout ce qui est du domaine public...

Système démocratique, droit de vote pour tous les citoyens incluant l'impossibilité de présenter aux élections des candidats dont les statuts du parti incluent l'abolition de la démocratie (ça s'est déjà vu!).

Égalité des sexes partout et maintien de la mixité.

Droit des femmes à disposer de leur corps.

Garderies laïques à prix populaire.

Laïcité des institutions publiques ou subventionnées par l'État.

Maintien des congés traditionnels fériés tels quels, en tant que témoin de notre histoire (particulièrement, la fête de Noël d'ailleurs, on y croit nous au Père Noël!).

Tous les tribunaux devraient être laïcs et ne relever que du ministère de la justice. Ce qui inclut donc la prévalence du droit juridique québécois sur le droit religieux.

Maintien de l'abolition de la peine de mort.

Il y en a sûrement d'autres, mais nous croyons présenter ici une piste de ce qui devrait transcender tous les débats... Bien entendu, la situation que nous privilégierions serait une suspension temporaire de la commission et la tenue d'États Généraux sur le type de société que nous voulons au Québec. Avant d'accommoder il faudrait d'abord se définir.

Mais enfin, comme on vous l'a déjà mentionné, nous on y croit au Père Noël!

Pierre Schneider
Auteur et poète

Anne-Marie Gélinas
Auteur-compositeur interprète

Stéphanie Girard-Marrier
Étudiante secondaire deuxième cycle

septembre 16, 2007

Beauté naturelle

Voici un petit clip publicitaire qui fait réfléchir sur la beauté telle qu'elle est véhiculée par les médias.

septembre 14, 2007

Le Canada dédommage ses victimes de l’Agent Orange

Le ministre des Anciens combattants et son homologue à la Défense ont annoncés ce mercredi 12 septembre 2007, à Fredericton, que le Canada compense les victimes de l’épandage de l’Agent Orange et autres défoliants sur la base de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, entre 1966 et 1967. Cette compensation sera attribuée aux Anciens combattants et citoyens canadiens ayant travaillés et habités à l’intérieur d’un périmètre de cinq kilomètres. Cette compensation financière versée par le Gouvernement fédéral sera de 20 000 dollars par victimes correspondant à certains critères pathologiques.

Si cette somme est très discutable pour des personnes victimes de maladies longues et lourdes, surtout dans une société au niveau de vie élevé, elle a cependant l’avantage de montrer qu’un gouvernement actuel peut assumer les responsabilités de son pays vieilles de 40 ans.

Après la Corée du Sud, voici que le Canada montre le chemin. De là à franchir le pas avec les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange en procès à New York... le Canada attribue cette compensation à ses seuls citoyens.

D’autre part, les épandages à Gagetown ne sont en rien comparables, tant en volume qu’en durée, à ceux du Viêt Nam.

Mais cette nouvelle tant attendue est bonne pour l’environnement moral de l’affaire de l’Agent Orange dans son ensemble. Cependant, si on peut raisonnablement penser que l’Australie et la Nouvelle-Zélande prendront un chemin comparable à celui de la Corée du Sud, les innombrables victimes directes de la Guerre du Viêt Nam, les Vietnamiens en premier lieu, les Cambodgiens, les Laotiens et les philippins, pauvres parmi les pauvres, ne sont hélas pas dans la même configuration alors qu’ils sont les véritables premières victimes.

Nous attendons que la Cour d’appel de New York, qui n’a plus de ministre à ce jour, se prononce avant le 18 décembre 2007, puisqu’elle à six mois pour le faire après les arguments oraux du 18 juin de cette année.

André Bouny,
Père d’enfants vietnamiens, préside le Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange et au procès de New York (CIS)

Un Québec sans prostitution est possible

La prostitution est indissociable de l’exploitation sexuelle et de la traite des femmes et des filles à des fins commerciales. Pour lutter contre la mondialisation, le militarisme et la montée de la misogynie qui légitiment la prostitution, la CLES (Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle) propose une alternative au discours de banalisation de la violence subie par les femmes dans l’industrie du sexe au Québec. On accordera une large importance à la prévention de la traite au Québec, en éradiquant la prostitution comme violence envers les femmes et les filles.

Un Québec sans prostitution est possible!

Nous rappelons aux participantEs du premier Forum social québécois qu’il ne peut être question de changer le monde si nous ne transformons pas la vie des femmes. C’est pourquoi confronter l’institution de la prostitution, ses liens avec l’oppression des femmes, son industrialisation, sa mondialisation, ses rouages, ses impacts sur la vie des femmes et sur la lutte pour l’égalité, etc., sont autant d’enjeux pour construire un Québec de justice, de paix, de solidarité, de liberté et d’égalité.

La prostitution, qu’elle se fasse dans la rue ou via des agences d’escorte, dans des salons de massages dits érotiques, bars spécialisés ou bordels, via la pornographie ou Internet, est indissociable de l’exploitation sexuelle et de la traite des femmes à des fins sexuelles, puisque la majorité des femmes dans la prostitution sont trafiquées par les réseaux de proxénètes en fonction des marchés créés par l’oppression sexiste dans les quartiers, les villes, les régions ou les pays ciblés.

La montée de la mondialisation, de la militarisation et de la misogynie s’accompagne d’une propension néo-libérale à légitimer et légaliser la prostitution sous divers prétextes: répondre à une « demande » présentée comme naturelle, « protéger » certains quartiers résidentiels, contrer le crime organisé. On promet même de réduire la violence infligée aux femmes dans la prostitution. En fait, l’exploitation sexuelle des femmes et des jeunes est affaire de profits énormes pour les proxénètes, la grande entreprise et ses médias et nos gouvernements.

La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle - une organisation communautaire regroupant des groupes de femmes, des universitaires et d’autres intervenantEs - croit que banaliser et multiplier la prostitution équivaut à légitimer la violence envers les femmes. Cette exploitation touche particulièrement les femmes doublement marginalisées (pauvres, racisées, migrantes, autochtones, adolescentes, victimes d’inceste et de viol, etc.).

Les femmes qui sont actuellement dans la prostitution méritent solidarité et respect. Il est urgent de leur assurer un accès équitable aux services sociaux et de santé. Nous dénonçons et luttons avec elles contre la violence dont elles sont victimes, comme nous le faisons pour toute violence envers les femmes. Toutes les femmes ont le droit de vivre dans un monde où l’on n’a pas à se prostituer pour survivre, pour tenter d’échapper à l’aliénation.

Nous refusons d’endosser la marchandisation du corps des femmes par les proxénètes et les prostitueurs ou d’avaliser le marché sexiste et raciste imposé par notre société. Et vous? Endossez-vous le système prostitutionnel?

QUELQUES PAS À FAIRE... immédiatement

Les hommes doivent cesser d’acheter des femmes et des filles.

Nous devons :

- Reconnaître que la prostitution est une forme de violence, d’exploitation et de domination des femmes par les hommes ;

- Réclamer une grande campagne d’éducation publique et scolaire pour contrer toute banalisation de la prostitution et du proxénétisme, en insistant sur le fait qu’acheter des rapports sexuels n’est pas compatible avec une égalité de fait entre les femmes et les hommes;

- Appuyer les organismes qui font un travail d’éducation, de prévention et de recherche d’alternatives à la prostitution;

- Exiger que l’État québécois cesse de tolérer et de favoriser les crimes que sont le proxénétisme, la traite et le tourisme sexuel et l’achat de « services sexuels » par les prostitueurs en donnant le mandat aux corps policiers de poursuivre les proxénètes et les clients de la prostitution, y compris les entreprises médiatiques qui tirent profit du commerce de la prostitution dans leurs médias;

- Demander que l’État exige des fonctionnaires et des parlementaires de ne pas acheter de « services sexuels » dans le cadre de leurs fonctions, sous peine de sanctions;

- Pousser l’État à prendre des mesures concrètes pour que cesse, sur le territoire québécois, toute forme de criminalisation, de judiciarisation, de harcèlement systémique et de déni de justice aux femmes dans la prostitution, y compris les survivantes de la traite;

- Exiger l’application réelle de la «Loi pour l’élimination de la pauvreté» et l’instauration de mesures essentielles pour permettre aux femmes d’échapper à la pauvreté (hausse du salaire minimum à un niveau permettant de vivre décemment, indexation et hausse des prestations d’aide sociale, politique de logement social bonifiée, refonte en profondeur du régime fiscal, mesures spécifiques d’accès à l’emploi pour les femmes autochtones et les femmes immigrantes, reconnaissance des compétences des femmes ayant obtenu des diplômes ailleurs, élimination du sexisme de la loi et des directives liées à l’immigration, etc).

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle

Pour en savoir plus : écrire à la_cles@yahoo.com ou visiter l’espace Web de la CLES.

septembre 12, 2007

La dette: règlement de comptes

C’est le titre du livre de M. Gaétan Breton; j’ai apprécié la lecture concise; j’en ferai un bref résumé et ferai quelques commentaires. Ayez donc la patience de lire jusqu’au bout et je vous en remercie.

LES POINTS À RETENIR DE L’AUTEUR

  • Au chapitre de la dette, le fédéral et le provincial veulent nous libérer de notre dette sans nous avoir au préalable consulté, soit au sein de la population ou par les députés au Parlement; même si le fameux remboursement devait se faire au détriment du secteur public, l’éducation, la santé, etc..
  • Que notre dette au Québec n’est pas plus élevée que dans bien d’autres provinces ou pays;
  • On nous fait sentir coupables si on ne le fait pas, prétendant que c’est la génération suivante qui sera sacrifiée;
  • On oublie de parler des actifs importants suite aux dépenses causant cet endettement;
  • À qui va profiter ce remboursement de dette: le privé? Le public?
  • La dette comme prétexte pour diminuer l’Etat et revaloriser le privé (exemple les PPP) avec pour conséquence la diminution des services sociaux et la privatisation.
  • Résultats de la privatisation: hausse des tarifs sans l’amélioration des services correspondants.
  • La dette serait utilisée pour remettre une partie de la gestion des pays entre les mains d’organismes internationaux;
  • Notre portion de la dette fédérale se paie déjà avec les impôts versés par la province au fédéral.

L’auteur décortique bien la dette totale du Québec, des avoirs financiers, du vrai montant des déficits accumulés (2005) de 87 milliards, en excluant les régimes publics de retraite. Tout est passé au crible. Les surplus, la dévalorisation du service public, la dette réelle, les revenus du gouvernement du Québec en mai 2005 (de 57,2 milliards$); sur ce dernier montant l’impôt des particuliers et des sociétés cumulent un peu plus de 20 milliards. Il nous parle aussi des origines de la dette provinciale, la question des déficits accumulés, la manière de comptabiliser la dette depuis la réforme de la comptabilité gouvernementale en 1997, la dette canadienne, le déséquilibre fiscal, le supposé droit du fédéral de dépenser, lequel droit n’est pas inscrit dans la Constitution; la dette totale et qui la détient; la dette canadienne est remboursée avec de l’argent qui pourrait servir à alléger le déséquilibre fiscal.

QUE FAIRE AVEC LA DETTE? REMBOURSER OU ATTENDRE? POURQUOI LA DIMINUER AVEC DES REMBOURSEMENTS?

Pour diminuer l’implication de l’Etat, définancer les services publics, les privatiser autant que possible et laisser le champ libre à l’entreprise privée? Mais l’auteur admet du même coup le danger de la hausse des taux d’intérêts avec ces emprunts.

Le Fonds des Générations: pour lui, ce serait une aberration totale pour plusieurs raisons. Pourquoi prélever des redevances sur l’eau plutôt que sur autre chose? En taxant Hydro-Québec au lieu des embouteilleurs, ce sont les citoyens qui sont taxés avec l’appellation fonds des générations, qui entretient le conflit des gens entre les baby-boomers, qui ont financé en grande partie la construction du Québec moderne. La génération qui suit les BB ne va-t-elle pas profiter des actifs que les BB laisseront?

Selon l’auteur « On ne peut annuler notre dette simplement comme on le réclame pour le Tiers Monde. La dette du Québec est due en grande partie aux citoyens du Québec, pas aux consortiums bancaires derrière les bannières du FMI et la BM; la dette de beaucoup de pays du Nord est due également à des groupes bancaires ou à des fonds; tout notre système bancaire est organisé pour faire profiter les banques; elles ne créent rien mais elles engrangent des profits records ». Pour la majorité de la dette du Tiers Monde, ces pays ont été mis dans l’obligation d’emprunter pour faire face à la situation financière du leurs pays; à ce sujet les programmes d’ajustement structurels sont bien connus. Il donne l’exemple du Rwanda et du Mali.

Chez nous, le remboursement de la dette se fait par l’idéologie (pressions politiques et économiques).

« Même si la part de dette détenue par les citoyens à revenus modestes est très marginale, là aussi ce sont les institutions financières et des particuliers qui détiennent les principales créances de la dette publique au Nord... L’Etat rembourse en prélevant les sommes nécessaires sur les recettes d’impôts... avec l’argent prélevé sur les gens à modestes revenus. La dette est un moyen de faire marcher les citoyens au pas et de faire obéir les Etats; la dette n’est ni un problème, ni une solution. La dette n’est pas une catastrophe; elle devient un instrument dangereux quand elle quitte les mains des citoyens pour être concentrée entre celles des financiers, comme c’est le cas pour la dette du Tiers Monde ».

CONCLUSION

Que puis-je ajouter à ce livre? Il est difficile de ne pas être d’accord avec ce sujet de recherche et les constats auxquels en arrive l’auteur. On peut se poser aussi la question: peut-on gérer l’Etat en bon père de famille? L’analogie tient-elle? J’aimerais apporter une autre voix, celle des auteurs du livre Les 10 plus gros mensonges sur l'économie, Philippe Derudder & André-Jacques Holbecq.

Pour eux, « Il ne faut pas confondre le particulier et le collectifs. Pourquoi? Contrairement au particulier, l’Etat à le privilège de fixer lui-même ses revenus, par la fiscalité entre autres. En théorie, il n’a pas à emprunter; ensuite un Etat n’a pas vocation de faire du profit comme une entreprise; il a vocation de régulation comme le disait l’économiste Keynes. Enfin, un pays est immortel, contrairement aux individus et aux entreprises. Les dettes sont les dettes accumulées de l’ensemble des administrations publiques, mais on ne parle jamais de l’actif que représente cette dette. La dette est composé de deux éléments:

1) La différence entre les revenus et les dépenses
2) Le poids des intérêts payés par l’Etat (effet boule de neige)

C’est souvent la composante la plus élevée du ratio-dette/ PIB.

Ces mêmes auteurs parlent « d’un transfert de richesse de la collectivité vers des « particuliers », vers ceux qui déjà sont les plus riches ». On y parle aussi du problème de la création monétaire. « L’indépendance des banques centrales fait que le monde politique est inféodé au monde économique et financier. L’indépendance du financier et son abandon aux seuls intérêts privés condamnent l’humanité à mettre ses idéaux au service du dieu argent. La question de la dette ne se poserait même pas si les peuples étaient souverains de leurs monnaies, car ils pourraient la créer, sans intérêt ». Contrairement à ce qui se passe maintenant, car l’Etat doit emprunter aux banquiers, ce qui est contraire à la Constitution canadienne. Voyons ce que disait le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Josiah Stamp (1880-1941): « Si vous désirez être les esclaves des banques, et payer pour financer votre propre esclavage, alors laissez les banques créer l’argent ». D’ailleurs, L’AANB est claire à ce sujet, art. 91 - qui montre que le Parlement ou le gouvernement est le responsable de la création et de l’émission de l’argent - mais ce n’est vraiment pas le cas car nous empruntons; le système est tellement bien rôdé que nous croyons emprunter directement des banques.

D’ailleurs M. Raymond Favreau, coordonnateur du conseil scientifique d’ATTAC- Québec m’affirmait « Que les excès du capitalisme financiarisé sont exacerbés par l’indépendance accordée ces dernières décennies aux banques centrales par rapport aux parlements, et par le fait de nomme à la tête des banques centrales des idéologues affairistes qui ne se préoccupent que des intérêts des financiers, et qui font confiance au « marché » pour corriger les excès des spéculateurs et des boursificateurs ». J’ajouterais ceci: concernant le fonctionnement des rouages de l’économie et des marchés financiers, l’ex-président de la FED à déjà répondu: « Nous ne savons pas vraiment comment fonctionne l’économie ». Très rassurant, n’est-ce pas? Pour ma part je préfèrerai croire qu’il le sait - il ne faut pas exagérer - mais qu’il fait semblant de ne pas comprendre ni savoir ce qui se passe, ce qui est encore plus inquiétant.

Nous conclurons notre discussion avec une autre déclaration, et je pourrais en trouver plusieurs; pour l’instant on va se contenter de celle de W Lyon Mackenzie King, Premier ministre du Canada de 1921 à 1930 et de 1935 à 1948; il nous confirme la situation qui prévaut et explique en bonne partie la dette et ses remboursements d’intérêt: « Jusqu’à ce que le contrôle de l’émission des devises et du crédit soit restauré au gouvernement comme sa responsabilité la plus évidente et sacrée, toute référence à la souveraineté du Parlement où à la démocratie est inutile et futile. Une fois qu’une nation s’est séparée du contrôle de son crédit, les gens qui font les lois importent peu... les usuriers, une fois au pouvoir, détruiront la nation ».

Terminons avec la dette des pays du Nord et du Sud. Au Sud, il est certain qu’il ne faut plus permettre au FMI et à la BM d’endetter davantage ces pays. Comme plusieurs personnes, je crois que la dette du Sud est illégitime parce qu’elle a été contractée par des dictatures au service du grand Capital; parce qu’elle n’a pas servi à financier les programmes sociaux; parce qu’elle résulte surtout des intérêts accumulés; et que finalement elle est employée pour imposer d’autres conditions comme l’ouverture des marchés. Pour toutes ces raisons, comme plusieurs militants du Forum Social Mondial, je demande l’annulation de cette dette illégitime. En 10 ans, de 1980 à 1990, les pays d’Amérique Latine ont payé 418 milliards d’intérêts sur un emprunt initial de 80 milliards. Ici au Nord, nous avons déjà dit que selon l’article 91 de l’AANB, la Constitution donne au gouvernement fédéral le droit d’émettre sa propre monnaie. Pourquoi le gouvernement canadien doit-il payer de l’intérêt sur de l’argent qu’il peut créer lui-même sans intérêt? Notre pays doit créer sa propre monnaie sans intérêt au lieu de l’emprunter à intérêt des banques privées.

Payer de l’intérêt au gouvernement serait beaucoup plus normal et intelligent, puisque nous n’aurions pas de remboursement à faire. Devrions-nous, nous aussi, demander l’annulation de la dette étant donné le laisser-aller complice entre le gouvernement et les banquiers privés? Le gouvernement est-il souverain comme il le prétend? Nous avons toutes les preuves que non. Pour se libérer de nos dettes qui s’accroissent en raison des intérêts payés à des banquiers internationaux, il y a des individus qui devront aviser d’autres personnes afin que cet éveil se matérialise.

Avec des livres comme celui dont nous venons de parler, et même en allant encore plus loin, il y a de l’espoir afin que la lumière se fasse et qu’on cesse le cycle infernal de la dette. Voilà ce qu’il faut savoir.

septembre 11, 2007

Le Canada s’oppose à la « Déclaration des droits des peuples autochtones »

Le 7 septembre dernier, à Montréal, l’association Femmes Autochtones du Québec (FAQ) organisait une manifestation pour dénoncer la position du Canada dans le dossier de l’adoption de la « Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones ».

Vidéo: Le Canada s’oppose à la « Déclaration des droits des peuples autochtones »; réalisation Santiago Bertolino, durée: 8min.52

En effet, les États Membres de l’ONU seront appelés, le 13 septembre, à adopter par consensus cette déclaration reconnaissant le droit à l’autodétermination des peuples autochtones qui se négocie depuis 22 ans. Mais voilà que depuis l’entrée des conservateurs au pouvoir en janvier 2006, le Canada est devenu un farouche opposant à cette déclaration. Dernièrement, à quelques semaines du vote final pour l’adoption de la déclaration, le Canada, appuyé par l’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Russie, la Colombie, la Guyane et le Surinam, a demandé de reprendre les négociations, manoeuvre qui a pour but de paralyser l’adoption de la déclaration.

Pour en savoir plus:
Cybersolidaire: Pour la reconnaissance et la protection des droits des peuples autochtones

Le Devoir: Autochtones: le Canada fait bande à part

Le Devoir: Gain autochtone malgré le Canada

ONU: CONFÉRENCE DE PRESSE SUR LE PROJET DE DÉCLARATION DES NATIONS UNIES SUR LES DROITS DES PEUPLES AUTOCHTONES

Ministère des Affaires Indiennes et du Nord (communiqué): Position du Canada : Projet de déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones

Amnisitie Internationale (communiqué): Déclaration des droits des peuples autochtones : Il est grand temps que le Canada se rallie

Lire entre les Post

Le 16 août dernier, Barabara Kay, du National Post, publiait un billet sur le site web dudit journal. « Quebec’s anti-multiculti backlash could be a selling point for separatists » nous révélait le théorème de la journaliste au sujet du bouillant dossier des accommodements raisonnables : « racisme campagnard » rime avec « opportunisme politique », donc avec « séparatisme québécois ». Comme toutes femmes de science, Mme Kay démontre à l'aide de sources comment elle arrive à ses conclusions. « Une peur palpable des autres cultures (...) à travers un blog où il y avait 153 hits au sujet du multiculturalisme » [1]. Heille... Cent cinquante-trois hits. C'est du sérieux. S'en suit un magnifique échange de courriels entre Mme Kay et moi-même, jeune campagnard québécois.

« Pauvre Madame Kay. Baser une "théorie" aussi minable sur des commentaires recueillis sur des "francophone blogs": du journalisme de bas étage. Comme s'il était difficile de trouver des commentaires racistes anti-juifs et anti-musulmans sur les "english canadian blogs"... Des gens ignorants, racistes et réactionnaires, il y en a partout. Même dans votre bout ».
(Guims, 22 août, 17h19)

« Comment expliquez-vous, en ce cas là, l'essor soudain de M Dumont? Les régions semblent avoir eu leur voyage des accommodements "déraisonnables". On va voir ce qui arrivera dans les forums publics convenus par la Commission Bouchard-Taylor. Moi, je m'attends à de la parlure assez franche sur le sujet ».
(B. Kay, 22 août, 21h44)

« L'essor de Mario Dumont? Il y a certainement des dizaines de raisons! Quant aux régions, il s'agit d'une réaction plutôt "ordinaire". Les gens des campagnes n'ont jamais d'interactions, ou presque, avec des communautés étrangères. L'être humain a peur de ce qui est différent. Je suis très déçu de lire encore et encore - surtout au National Post - des propos incohérents et erronés accusant les Québécois de xénophobie. Dans les prairies saskatchewanaises, on retrouve certainement les mêmes craintes qu'en Abitibi face au "multiculti" ».
(Guims, 23 août, 21h30)

« Vous me comprenez mal. Je n'accuse pas du tout la plupart des Québécois de racisme. Vous devriez lire ma défense des gens de Saint-Adolphe-d'Howard dans le cas des Hassidim qui ont acheté un hôtel dans le village. On avait accusé les résidents de racisme alors qu'ils avaient simplement exprimé leur crainte. Moi, j'ai couru à leur défense. Je considère les Hassidim comme de mauvais voisins, parce qu'ils ne tolèrent pas les échanges civils avec autrui. Je comprends bien les Québécois qui sont tannés des accommodements, je suis avec eux, et j'espère que la Commission Bouchard-Taylor réveillera le "Reste du Canada" ».
(B. Kay, 24 août, 07h02)

« Ok. Je comprends mieux votre commentaire. Mais si votre point n'est pas la xénophobie au Québec rural, pourquoi alors cette association gratuite entre élans "anti-multiculti" et séparatisme? Pourquoi n'avez-vous pas parlé, dans votre texte, du dynamisme du débat actuel au Québec et de l'inaction au ROC. Bref, sur le sujet de votre dernier courriel? Pourquoi chaque fois que vous pouvez parler négativement du fameux séparatisme vous sautez sur l'occasion, en sortant des théories non-fondées? Finalement, pourquoi a-t-il fallu deux courriels de votre part pour que je comprenne, enfin, votre message? ».
(Guims, 24 août, 08h54)

« Je ne voulais qu'avertir le reste du Canada que si nous ne prenons pas au sérieux le mécontentement des gens des régions, nous allons susciter des ressentiments. Il faut éviter que le Québec se sente seul dans la lutte contre la rectitude politique. Il y a toujours ceux, au Québec, obsédés avec la souveraineté, qui cherchent n'importe quelle raison pour attiser les feux séparatistes ».
(B. Kay, 26 août, 22h53)

Oui, vous avez raison Mme Kay. Il y a des gens totalement obsédés par la question nationale québécoise...

Après un échange aussi savoureux, vous en convenez, deux parenthèses s'imposent.

Premièrement, un résumé du fameux article « Quebec’s anti-multiculti backlash could be a selling point for separatists ». Après « le manque d'autonomie politique, l'hégémonie de la langue anglaise, la domination des anglos dans la sphère économique » [1], la blogueuse Kay émet l'hypothèse selon laquelle le débat sur les accomodements raisonnables sera, lui aussi, récupéré par les nationalistes québécois. Ils sont partout. Comme les sorcières à une autre époque. Et ils sont même sur la toile. Après de méticuleuses recherches sur quelques « francophone political blogs », elle se rend à l'évidence: les québécois ont peur des étrangers et suivront, tels des moutons ignares, les plans machiavéliques des leaders séparatistes pour s'en sauver. Y'a même un nobody qui a écrit sur un blog: « Et ces sionistes Juifs sont solidement installés dans nos institutions, gouvernements, écoles, ... Ils ont même un caucus juif à Ottawa! »[1]. Heille... Tout de suite un troisième référendum.

Deuxième parenthèse, qui est Barbara Kay? Ou plutôt, de quelle autre théorie farfelue est-elle l'auteur? Le mois d'août semble prolifique pour Mme Kay. Il faut retourner en 2006 cette fois-ci, le 9 août, pour découvrir le plus célèbre de ses écrits: « The rise of Quebecistan ». Sa thèse est la suivante. Une grande marche contre la guerre d'Israël au Liban réunie, à la fois, une présence de politiciens québécois et, à la fois, une présence de drapeaux du Hezbollah. Cela signifie qu'il y a un antisémitisme profond au Québec et une ouverture au terrorisme islamiste. (Parenthèse additionnelle : je viens de demander à mon voisin, M. Gravel, s'il était antisémite? Il m'a répondu : « non, diabétique »). Attention, elle a une boule de cristal apocalyptique la madame: « vous pouvez gager que le Jour deux de l'existence de la République du Québec, le Hezbollah serait retiré de la liste officielle des groupes terroristes. Au Jour trois, le bruit se ferait entendre dans toute la sphère islamiste que le Québec, après Londres, est leur nouvelle terre d'accueil » [2]. Heille... Mais pensez à ce qui arriverait « si le Québec devenait un jour indépendant et se détachait du leadership des politiciens qui savent faire la différence entre une démocratie et une gang de fanatiques "exterminationistes" » [2]. Saint-Stephen-Harper, priez pour nous aveugles pécheurs...


[1] Billet de Barbara Kay, « Quebec’s anti-multiculti backlash could be a selling point for separatists », paru sur le site web du National Post, en date du 16 août 2007 (http://communities.canada.com/nationalpost/blogs/fullcomment/archive/2007/08/16/barbara-kay-quebec-s-anti-multiculti-backlash-could-be-a-selling-point-for-separatists.aspx).

[2] Chronique de Barbara Kay, « The rise of Quebecistan », publiée dans la version papier du National Post, en date du 9 août 2006, (http://www.vigile.net/The-rise-of-Quebecistan).

Confit de religion

Cette semaine à Musironie,

- Navet confit nous présente son nouvel album
- Bin Laden ranime la flamme de la phobie du terrorisme
- Un nouveau fléau montréalais pique notre sentiment d'insécurité
- Le cimetière Côte des Neiges enterre ses fantômes
- Débile-Léger vous propose de faire la barbe de Bin Laden

http://www.musironie.com/

Rouler sur l'or

«Je recommencerais demain matin! Si c'était à refaire, je ferais exactement ce que j'ai fait»

Lise Thibault
Fraudeuse frondeuse

Source: http://www.cyberpresse.ca/article/20070911/CPACTUALITES/709110451/1019/CPACTUALITES

septembre 09, 2007

La nécessité de sortir de l’économisme

«On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré»
Albert Einstein

Dernièrement, de nouveaux rapports de recherche soulignaient la précarité de la situation planétaire, particulièrement en regard des risques environnementaux engendrés par l’activité humaine menaçant l’équilibre écologique. Il y a définitivement urgence d’agir en révisant à la baisse la consommation actuelle des ressources naturelles de manière à freiner la détérioration de l’environnement. Ce changement de cap nécessaire entre en contradiction avec la situation économique actuelle dont la santé repose sur la croissance de la production et de la consommation. C’est donc un véritable changement de paradigme qui s’impose en économie alors qu’on ne peut ignorer plus longtemps l’inéquation entre des ressources naturelles limitées et la croissance illimitée de leur consommation. L’heure de la décroissance économique a sonné.

Le 25 octobre 2006, on apprenait que selon le Fonds mondial de la nature (WWF), il nous «faudrait deux planètes Terre pour nourrir l’humanité (1) » en 2050, si la consommation actuelle de nos ressources biologiques se poursuit. C’est ce qu’on appelle l’empreinte écologique, à savoir la surface de sol nécessaire pour soutenir un mode de vie donné ou, si l’on veut, le nombre de «planètes Terre» requises pour étendre un mode de vie dit durable ou soutenable à l’ensemble de la planète. L’empreinte écologique moyenne mondiale actuelle se situe à 1,2 planète. Nous hypothéquons donc déjà notre capital environnemental. Le mode de vie occidental en utilise entre 3 et 5 selon les estimations. C’est donc dire les risques encourus si tous les peuples de la Terre adoptent un mode de vie à l’occidentale.

Cette consommation abusive des ressources par nos sociétés est à l’origine du réchauffement climatique auquel on assiste. Bien que notre planète ait subi par le passé de nombreuses perturbations climatiques, il est maintenant avéré que le réchauffement actuel et la vitesse avec laquelle il se manifeste sont le fruit de l’action humaine. Ce sont les conclusions auxquelles arrive le Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat (GIEC), mandaté par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), qui regroupe quelques 3000 experts provenant de pays de l’ensemble du globe et dont le travail consiste à faire la synthèse des connaissances sur l’évolution du climat.

L’importance de prendre des mesures radicales, voilà le mot d’ordre à retenir. D’autant plus que les risques encourus par les dangers environnementaux vont bien au-delà d’une simple facture monétaire qui serait de toute façon assumée en grande partie par les plus démunis et déshérités du globe. C’est la survie même de l’humanité et la préservation de la biodiversité terrestre qui sont en jeu.

Des défis énormes à relever

Rappelons tout d’abord quelques faits qui illustrent qu’il y a bel et bien péril en la demeure (2). L’approvisionnement en eau, ressource indispensable à la vie s’il en est une, fait partie des défis qui se poseront aux générations à venir. Son accès étant déjà insuffisant pour 1,5 milliards d’individus, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) prévoit que l’accès à l’eau potable pourrait être réduit d’encore un tiers d’ici vingt ans. A une pollution toujours plus grande des sources d’eau potable s’ajoute également un gaspillage éhonté de l’or bleu. Et on ne parle pas seulement ici du gaspillage individuel de celui ou celle qui prend trois douches par jour ou qui nettoie son entrée de garage, mais bien aussi de l’utilisation abusive de l’eau pour répondre aux besoins de la société industrielle. Par exemple, une puce d’ordinateur nécessite 32 litres d’eau pour sa fabrication. La situation est semblable avec l’agriculture intensive qui utilise par exemple 400 litres d’eau pour produire 1 kg de maïs-grain, ce dernier étant utilisé pour nourrir les animaux (et bientôt nos bagnoles).

Les énergies fossiles constituent un autre cas de figure. Bien que les spécialistes divergent quant à l’avènement du pic de production de pétrole, tous s’entendent cependant sur son existence. La consommation abusive des combustibles fossiles a une incidence directe sur la pollution atmosphérique et la fin appréhendée de l’ère du pétrole n’augure aucune perspective réjouissante : augmentation de sa rareté donc de son coût, tarissement des réserves donc possibilité de conflits pour s’en assurer le contrôle, etc. Les réserves de gaz naturel et de charbon sont plus prometteuses, mais elles posent les mêmes problèmes néfastes quant à leur utilisation. Pour pallier aux carences des énergies fossiles, plusieurs avancent donc l’idée d’accorder plus de place au nucléaire. Mais encore là les risques environnementaux sont énormes (3), sans compter le fait qu’on ne peut en augmenter éternellement la production puisque « les quantités d’uranium 235 disponibles sur la planète n’assureraient qu’une dizaine d’années de production si le nombre de réacteurs sur la planète était multiplié par dix (4) ». On peut aussi opter pour les énergies renouvelables, mais dans ce domaine force est d’admettre que celles-ci ne pourront assurer à moyen terme notre consommation énergétique actuelle.

Cette exploitation abusive des énergies non renouvelables, qui s’étend en fait à l’ensemble des matières premières, n’est évidemment pas soutenable. Elle se fait d’ailleurs bien souvent au détriment des populations locales du Sud et la perspective que des géants comme la Chine et l’Inde y participent comme nous le faisons n’a rien de réjouissante. Notre voracité consumériste déverse également ses effets négatifs sur la qualité de nos sols. Par l’agriculture intensive et les monocultures à grande échelle que nous pratiquons, nous conduisons les sols à un appauvrissement et une minéralisation croissante, sans compter qu’il nous faut continuellement plus d’engrais et autres intrants chimiques pour maintenir nos rendements.

Nos sols sont aussi exploités à mauvais escient. Comme le soulignait le journaliste George Monbiot : « Alors que 800 millions de personnes souffrent de malnutrition, l’accroissement de la production agricole sert à nourrir les animaux (5) ». Si bien qu’on entend parfois dire qu’il vaut mieux être une vache en Europe qu’un être humain en Afrique, chaque tête de bétail étant subventionné deux dollars par jour sur le vieux continent. Alors que d’un côté nous avons une agriculture qui se fait au détriment des cultures vivrières, notre souveraineté alimentaire est également minée par ceux et celles qui préconisent la généralisation des « bio-carburants » pour pallier à la fin appréhendée du pétrole. Après les vaches, nos champs serviraient à nourrir nos voitures! Pour illustrer les risques d’une telle approche, citons encore George Monbiot : « Bruxelles souhaite que 20% du carburant soit d’origine végétale en 2020. Pour ce faire, le Royaume-Uni devrait y consacrer la totalité de ses terres agricoles […] Et si, comme le réclament certains, l’expérience était étendue à l’échelle mondiale, alors l’essentiel des terres labourables de la planète serait destiné à produire de quoi alimenter les automobiles (6) ».

L’exploitation abusive de nos ressources a également des effets néfastes sur nous-mêmes. À certains égards, nous ne connaissons en fait pas encore tous les effets qui accompagnent le développement de nos sociétés industrielles et productivistes. Sous une foi quasi-aveugle dans le progrès technique comme préalable au progrès humain, on joue les apprentis-sorciers et nous commençons à peine à mesurer les conséquences de nos actes. On oublie souvent que la technologie n’est pas neutre. C’est le cas au niveau de l’utilisation grandissante des produits chimiques, dont la production mondiale annuelle est passée de 1 à 400 millions de tonnes de 1930 à 2000. À mesure que nous sommes exposés en permanence à ces produits, on assiste à une progression des pathologies environnementales : allergies, asthme, cancers, perturbations endocriniennes, infections respiratoires aiguës, etc. Comme le soulignait l’économiste Jeremy Rifkin : « Si les générations précédentes avaient accepté plus volontiers d’engager une réflexion ouverte et publique sur les avantages et les inconvénients de ces deux révolutions scientifiques [physique et chimie], et ce dès le début, avant qu’elles n’aient achevé leur trajectoire naturelle, peut-être aurions-nous aujourd’hui moins à souffrir – et demain nos enfants – d’un héritage écologique, social et économique aussi lourd (7) » Ce qui est fascinant cependant, c’est qu’au lieu d’apprendre des erreurs du passé, de faire preuve de sagesse et d’appliquer le principe de précaution, on poursuit inexorablement notre course vers ce bonheur promis par la techno-science. Aujourd’hui ce sont les OGM et les nanotechnologies, demain ce sera le moteur à eau ou le programme de fusion ITER.

Un modèle économique inefficace

La situation troublante de la détérioration de l’environnement relève de notre propre responsabilité: elle est le fruit de nos choix politiques et, surtout, économiques, de notre foi aveugle dans les vertus du capitalisme et du libre-marché représentant pour plusieurs le seul horizon quant à l’allocation optimale des ressources. Mais plus encore, les dérives que nous faisons subir à la planète et à nous-mêmes sont le résultat d’une société qui se nourrit du productivisme et qui repose sur la croissance infinie comme moteur principal. Et qui plus est d’une société qui repose sur la croissance pour la croissance, dépendante de l’idéologie du progrès infini. Néanmoins, c’est toujours plus de croissance et de richesse que proposent les discours des décideurs de la planète pour sortir de la crise appréhendée.

Dans les faits et de façon pratique, cela signifie la croissance du Produit intérieur brut (PIB). On peut définir le PIB comme étant la somme de tous les biens et services produits et consommés dans une année. Bien que ses lacunes soient reconnues par plusieurs économistes et mêmes par ses plus ardents défenseurs, on persiste à considérer cet indice comme le seul valable pour exprimer la richesse d’une société: augmentation du PIB = progrès social. Mais ses lacunes ne sont pas anodines et contribuent de fait à notre aveuglement collectif dans notre recherche de solutions. Par exemple, dans le calcul du PIB sont inclues les dépenses militaires, des dépenses de santé, des dépenses reliées à la dépollution et aux accidents, etc., autant d’éléments qui ne sont pas nécessairement synonymes de progrès. De même, le PIB, puisqu’il repose au niveau de sa comptabilité sur les mécanismes de fixation des prix du libre-marché, ne prend pas en compte les «externalités».

«dans le système économique actuel, les comptables et les économistes calculent la rentabilité d’une activité en ne considérant que les coûts réellement engagés par l’investisseur. Lorsqu’un tel projet comporte des coûts sociaux ou environnementaux et que les politiques gouvernementales ne contraignent pas les entreprises à respecter certaines balises, les comptables et économistes ne tiennent tout simplement pas compte de ces frais(8)».

Le PIB est donc un indice économique plutôt trompeur. Surtout si on considère que dans les sociétés occidentales, le PIB est en augmentation constante depuis 20 ans, alors que le chômage progresse, de même que les coûts sociaux et environnementaux que l’on doit assumer collectivement. Pourtant, il existe d’autres indicateurs économiques comme le Genuine Progress Indicator (GPI) ou le BIP 40, qui déjà sont plus à même de refléter la réalité socio-économique de nos sociétés, une réalité qui soit dit en passant n’est pas systématiquement quantifiable.

Cette façon de voir les choses, présentée comme la « fin de l’histoire », conduit à une impasse. C’est que la pensée économique sur laquelle repose le développement de la société industrielle continue de séparer le vivant de l’environnement terrestre. Pourtant l’un ne va pas sans l’autre, l’évolution biologique étant en interaction réciproque avec les changements de l’environnement planétaire. On fonctionne toutefois comme si l’économie évoluait en vase-clos. A terme, on se bute cependant à une réalité implacable: la consommation infinie des ressources n’est pas possible dans un contexte où les ressources sont limitées. Bien entendu, pour pallier à cette fatalité on pratique la fuite en avant en espérant que les prochaines innovations technologiques sauront nous sortir du marasme. Mais encore là, la réalité nous rattrape par ce que l’on appelle l’effet rebond, par lequel «la croissance de la consommation est ainsi liée à la réduction de ce qui limite l’utilisation des technologies(9)». On constate ainsi qu’après «une forte croissance de la consommation énergétique, celle-ci diminue momentanément du fait des gains d’efficience autorisés par les progrès technologiques, mais elle rebondit ensuite, les gains étant toujours réinvestis (parfois dans d’autres domaines) pour produire encore plus (10)». Un exemple typique se situe au niveau des transports où malgré les gains constants acquis sur le plan de l’efficacité, ceux-ci sont systématiquement annulés par une augmentation des transports (11).

S’engager dans de nouvelles voies

Face aux contradictions de notre modèle économique, la bio-économie initiée par Nicholas Georgescu-Roegen (12) remet les choses en perspective en intégrant le second principe de la thermodynamique, à savoir que «l’entropie – le niveau de désordre – ne peut que croître au fil des transformations dans un système isolé». Ainsi, comme nous l’explique Albert Jacquard, une croissance continue étant par nature exponentielle, «même une croissance fort modérée, disons de 2% par an, conduit à une véritable explosion à moyen terme: doublement en 35 ans, multiplication par huit en un siècle, par soixante-quatre en deux siècles! (13)». Bien entendu, la croissance économique peut être bénéfique à court terme. Nous n’avons qu’à penser aux Trente Glorieuses. Mais à long terme c’est insoutenable. C’est la fameuse équation du nénuphar (14).

Lorsque nous évoquions plus haut la nécessité d’entreprendre des changements radicaux, c’est à ces solutions à courte vue que nous nous attaquions. Il nous faut dépasser nos schèmes de pensée actuels puisque nous nous trouvons dans une impasse. Et dépasser entre autres cet oxymore qu’est le développement durable. Concept contradictoire, il a néanmoins le mérite de constituer un constat d’échec du modèle de développement occidental. Néanmoins, il demeure voué à l’impasse puisque développement – entendu au sens de croissance économique – et durabilité sont incompatibles. Utilisé à toutes les sauces, ce terme en vient à être vide de sens, sinon de signifier de faire durer le développement (15). C’est l’économiste Kenneth Boulding qui soulignait avec humour: «Celui qui croît qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, ou un économiste». Il est donc aujourd’hui nécessaire de sortir de l’économisme, de décoloniser nos imaginaires et d’envisager sérieusement de nouvelles perspectives sur le plan économique. Comme le souligne Paul Ariès: «il ne s’agit pas simplement de répartir autrement le gâteau mais d’en changer la recette (16)». Certains proposent ainsi de s’engager sur la voie de la décroissance.

Mouvement qui commence à faire son chemin en France notamment, la décroissance doit être vue comme un changement de paradigme. C’est aussi un moyen et non une fin, puisque prôner la décroissance infinie serait tout aussi absurde que de prôner la croissance infinie. Il s’agit avant tout d’imposer des limites, individuelles et collectives, à la démesure. Concrètement, cela signifie «une diminution régulière de la consommation actuelle matérielle et énergétique, dans les pays et pour les populations qui consomment plus que leur empreinte écologique admissible, en évacuant en priorité le superflu matériel, au profit d’une croissance des relations humaines(17)». Ça ne se veut toutefois pas une croissance négative, mais bien une «a-croissance», une sortie de la religion du progrès et de la croissance. Comme l’écrit Albert Jacquard:

«La croissance de la consommation est en réalité l’équivalent d’une drogue […]. Cette croissance, lorsqu’elle a lieu au sein des nations les plus développés, rend plus improbable une diminution des inégalités entre les peuples; l’écart ne peut que s’aggraver. […] C’est donc, dès maintenant, non pas seulement une “croissance zéro” comme l’avait proposé le Club de Rome, mais une décroissance de la consommation des plus riches qui est nécessaire(18)»

Comme le souligne aussi Paul Ariès, «l’objectif est de sortir de l’économisme donc de rendre l’économie seconde (19)». La décroissance se veut donc en nette rupture avec nos conceptions économiques actuelles.

Certains accusent de façon caricaturale les partisans de la décroissance de vouloir ramener l’humanité à l’âge de pierre. Ces derniers ne sont cependant nullement nostalgiques d’un âge d’or passé qui n’a en fait jamais existé – bien que pour certains anthropologues comme Marshall Sahlins, certaines sociétés traditionnelles furent les seules sociétés d’abondance. À ceux et celles qui percevraient ainsi la décroissance comme un retour en arrière, il faut cependant bien comprendre que celle-ci ne remet pas en question certains des acquis technologiques de la société industrielle, mais préconise plutôt une intégration soutenable de ceux-ci et une redéfinition des motivations qui sous-tendent ces innovations. Et il existe des exemples où des acquis scientifiques et technologiques furent mis de l’avant pour le bien collectif et ont contribué au progrès humain, sans avoir recours à la croissance économique. Le cas du système de santé à Cuba en est un, ce pays ayant développé au fraction du coût de celui des Occidentaux et sans reposer sur l’augmentation du PIB un système qui obtient les mêmes résultats au niveau de l’espérance de vie et de la mortalité infantile. Comme quoi la croissance économique et l’augmentation du PIB ne sont pas des conditions sine qua non au progrès humain. La décroissance mise en fait sur une redécouverte de la sobriété et un retour à l’essentiel.

Comment faire pour appliquer un si beau programme demanderont certains? Bien entendu, il n’y a aucune formule magique, aucun plan pré-établi et la décroissance ne mise pas sur le matin du grand soir. Elle doit s’amorcer en premier lieu au niveau des esprits. Un sevrage de notre imaginaire est essentiel à ce chapitre. Il faut le sortir du carcan de la société de consommation, dans laquelle les biens et services ne sont pas consommés pour leur fonction réelle, mais bien pour leur représentation symbolique. Il s’agit de « décoloniser » notre imaginaire pour reprendre l’expression de Serge Latouche. De manière plus pratique ensuite, la décroissance devra s’opérer à la fois sur les plans individuels et collectifs. Et à ce niveau, plusieurs actions peuvent être entreprises dès maintenant.

Au niveau individuel, cela peut s’exprimer par la pratique d’une certaine forme de simplicité volontaire, d’une limitation de notre consommation. Tant au niveau de la quantité que de la qualité. Il s’agit de réduire à la source notre consommation et de réduire au maximum notre production de déchets. Il importe également de réduire notre consommation énergétique individuelle.

Au niveau collectif, des changements structurels fondamentaux sont à mettre en œuvre. Entre autres choses, un des concepts-clés de la décroissance est la relocalisation de l’économie. Le but n’est toutefois pas de vivre en autarcie, mais plutôt de préconiser l’achat et la production au niveau local dans tous les cas où cela est possible. Un des effets recherchés est de réduire les transports, la production de biens et les échanges commerciaux frisant parfois l’absurde. Un des exemples souvent cités pour illustrer cette démesure est celui du yaourt aux fraises, dont l’Institut allemand de Wuppertal démontrait en 1993 que les ingrédients qu’il contient cumulaient 3500 kilomètres de parcours avant d’être réunis! Il faudrait aussi considérer ce qu’on appelle la circularité de l’économie, à savoir que les déchets des uns peuvent devenir les ressources des autres. Il importe également de redéfinir la richesse, notamment en développant de nouveaux indicateurs à cet effet, et de faire des choix économiques constructifs. Surtout quand on pense que 800 milliards de dollars sont investis dans l’armement et entre 400 et 500 milliards dans la publicité chaque année et qu’on nous répète qu’il n’y a pas d’argent. La décroissance invite également à réapprendre la notion de gratuité et à revoir notre conception du travail, surtout quand on considère que depuis 200 ans les gains en productivité ne se sont pas traduits par une réduction de la pénibilité du travail (20).

Pour les partisans de la décroissance, ces changements devront s’opérer à travers un processus démocratique, dans lequel les expériences de démocratie directe et participative doivent être renforcées. Il importe également de renouer avec l’autonomie au sens où l’entendait Cornelius Castoriadis, à savoir qu’une société autonome est une «société capable de remettre en cause, explicitement et lucidement, ses propres institutions (21) ».

Mais en attendant la mise en œuvre de ces changements fondamentaux, des mesures concrètes peuvent être prises dans le cadre du système actuel, au niveau individuel et collectif. Le journaliste et auteur Sébastien Darsy en donne quelques exemples, comme «taxer les marchandises qui sont importées de très loin alors que l’on pourrait les produire sur place, imposer des normes différentes aux petits et aux gros car soumettre tout le monde aux mêmes règles, c’est favoriser les puissants, défiscaliser certains débouchés économiques de proximité, accorder la priorité aux modes de transport collectifs, développer à l’école des savoirs porteurs de citoyenneté planétaire, supprimer la détaxation du fuel pour les avions, développer de grands travaux en matière de protection des hommes et développer des énergies renouvelables…(22)».

Un vaste programme, en outre, que celui de la décroissance. Un programme qui nécessite de dépasser les résistances au changement et de susciter des réflexions profondes au sein de nos sociétés. Il y a bel et bien péril en la demeure et urgence d’agir. Mais pour ce faire, il faudra renouer avec une certaine sobriété et reconnaître que les sociétés occidentales ne constituent pas la normalité et que la société industrielle est un phénomène très récent au niveau de l’histoire de l’humanité, qui doit en grande partie son essor au pillage des ressources et des populations du Sud. Nous ne constituons pas nécessairement la direction que doit prendre l’ensemble des sociétés du globe et il serait dangereux de croire que nous sommes éternels et à l’abri d’un effondrement, bien au contraire (23). Avant qu’il ne soit trop tard, il est donc impératif de prendre des mesures radicales pour s’engager dans des voies économiques plus soutenables, comme le proposent les partisans de la décroissance (24). Il faudrait en effet éviter de faire comme ce Pascuan qui abattit le dernier arbre sur l’île de Pâques… en sachant pertinemment que c’était le dernier.

(1)Le Devoir, 25 octobre 2006
(2)La plupart des exemples et des chiffres qui suivent sont tirés de Nicolas Ridoux. La décroissance pour tous. Parangon, 2006.
(3)Voir entre autres Hubert Reeves. Mal de Terre. Seuil, coll. Points, 2005.
(4)Ridoux, op. cit., p. 56.
(5)Cité dans Ibid., p. 18-19.
(6)Ib