La dette: règlement de comptes

C’est le titre du livre de M. Gaétan Breton; j’ai apprécié la lecture concise; j’en ferai un bref résumé et ferai quelques commentaires. Ayez donc la patience de lire jusqu’au bout et je vous en remercie.

LES POINTS À RETENIR DE L’AUTEUR

  • Au chapitre de la dette, le fédéral et le provincial veulent nous libérer de notre dette sans nous avoir au préalable consulté, soit au sein de la population ou par les députés au Parlement; même si le fameux remboursement devait se faire au détriment du secteur public, l’éducation, la santé, etc..
  • Que notre dette au Québec n’est pas plus élevée que dans bien d’autres provinces ou pays;
  • On nous fait sentir coupables si on ne le fait pas, prétendant que c’est la génération suivante qui sera sacrifiée;
  • On oublie de parler des actifs importants suite aux dépenses causant cet endettement;
  • À qui va profiter ce remboursement de dette: le privé? Le public?
  • La dette comme prétexte pour diminuer l’Etat et revaloriser le privé (exemple les PPP) avec pour conséquence la diminution des services sociaux et la privatisation.
  • Résultats de la privatisation: hausse des tarifs sans l’amélioration des services correspondants.
  • La dette serait utilisée pour remettre une partie de la gestion des pays entre les mains d’organismes internationaux;
  • Notre portion de la dette fédérale se paie déjà avec les impôts versés par la province au fédéral.

L’auteur décortique bien la dette totale du Québec, des avoirs financiers, du vrai montant des déficits accumulés (2005) de 87 milliards, en excluant les régimes publics de retraite. Tout est passé au crible. Les surplus, la dévalorisation du service public, la dette réelle, les revenus du gouvernement du Québec en mai 2005 (de 57,2 milliards$); sur ce dernier montant l’impôt des particuliers et des sociétés cumulent un peu plus de 20 milliards. Il nous parle aussi des origines de la dette provinciale, la question des déficits accumulés, la manière de comptabiliser la dette depuis la réforme de la comptabilité gouvernementale en 1997, la dette canadienne, le déséquilibre fiscal, le supposé droit du fédéral de dépenser, lequel droit n’est pas inscrit dans la Constitution; la dette totale et qui la détient; la dette canadienne est remboursée avec de l’argent qui pourrait servir à alléger le déséquilibre fiscal.

QUE FAIRE AVEC LA DETTE? REMBOURSER OU ATTENDRE? POURQUOI LA DIMINUER AVEC DES REMBOURSEMENTS?

Pour diminuer l’implication de l’Etat, définancer les services publics, les privatiser autant que possible et laisser le champ libre à l’entreprise privée? Mais l’auteur admet du même coup le danger de la hausse des taux d’intérêts avec ces emprunts.

Le Fonds des Générations: pour lui, ce serait une aberration totale pour plusieurs raisons. Pourquoi prélever des redevances sur l’eau plutôt que sur autre chose? En taxant Hydro-Québec au lieu des embouteilleurs, ce sont les citoyens qui sont taxés avec l’appellation fonds des générations, qui entretient le conflit des gens entre les baby-boomers, qui ont financé en grande partie la construction du Québec moderne. La génération qui suit les BB ne va-t-elle pas profiter des actifs que les BB laisseront?

Selon l’auteur « On ne peut annuler notre dette simplement comme on le réclame pour le Tiers Monde. La dette du Québec est due en grande partie aux citoyens du Québec, pas aux consortiums bancaires derrière les bannières du FMI et la BM; la dette de beaucoup de pays du Nord est due également à des groupes bancaires ou à des fonds; tout notre système bancaire est organisé pour faire profiter les banques; elles ne créent rien mais elles engrangent des profits records ». Pour la majorité de la dette du Tiers Monde, ces pays ont été mis dans l’obligation d’emprunter pour faire face à la situation financière du leurs pays; à ce sujet les programmes d’ajustement structurels sont bien connus. Il donne l’exemple du Rwanda et du Mali.

Chez nous, le remboursement de la dette se fait par l’idéologie (pressions politiques et économiques).

« Même si la part de dette détenue par les citoyens à revenus modestes est très marginale, là aussi ce sont les institutions financières et des particuliers qui détiennent les principales créances de la dette publique au Nord... L’Etat rembourse en prélevant les sommes nécessaires sur les recettes d’impôts... avec l’argent prélevé sur les gens à modestes revenus. La dette est un moyen de faire marcher les citoyens au pas et de faire obéir les Etats; la dette n’est ni un problème, ni une solution. La dette n’est pas une catastrophe; elle devient un instrument dangereux quand elle quitte les mains des citoyens pour être concentrée entre celles des financiers, comme c’est le cas pour la dette du Tiers Monde ».

CONCLUSION

Que puis-je ajouter à ce livre? Il est difficile de ne pas être d’accord avec ce sujet de recherche et les constats auxquels en arrive l’auteur. On peut se poser aussi la question: peut-on gérer l’Etat en bon père de famille? L’analogie tient-elle? J’aimerais apporter une autre voix, celle des auteurs du livre Les 10 plus gros mensonges sur l'économie, Philippe Derudder & André-Jacques Holbecq.

Pour eux, « Il ne faut pas confondre le particulier et le collectifs. Pourquoi? Contrairement au particulier, l’Etat à le privilège de fixer lui-même ses revenus, par la fiscalité entre autres. En théorie, il n’a pas à emprunter; ensuite un Etat n’a pas vocation de faire du profit comme une entreprise; il a vocation de régulation comme le disait l’économiste Keynes. Enfin, un pays est immortel, contrairement aux individus et aux entreprises. Les dettes sont les dettes accumulées de l’ensemble des administrations publiques, mais on ne parle jamais de l’actif que représente cette dette. La dette est composé de deux éléments:

1) La différence entre les revenus et les dépenses
2) Le poids des intérêts payés par l’Etat (effet boule de neige)

C’est souvent la composante la plus élevée du ratio-dette/ PIB.

Ces mêmes auteurs parlent « d’un transfert de richesse de la collectivité vers des « particuliers », vers ceux qui déjà sont les plus riches ». On y parle aussi du problème de la création monétaire. « L’indépendance des banques centrales fait que le monde politique est inféodé au monde économique et financier. L’indépendance du financier et son abandon aux seuls intérêts privés condamnent l’humanité à mettre ses idéaux au service du dieu argent. La question de la dette ne se poserait même pas si les peuples étaient souverains de leurs monnaies, car ils pourraient la créer, sans intérêt ». Contrairement à ce qui se passe maintenant, car l’Etat doit emprunter aux banquiers, ce qui est contraire à la Constitution canadienne. Voyons ce que disait le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Josiah Stamp (1880-1941): « Si vous désirez être les esclaves des banques, et payer pour financer votre propre esclavage, alors laissez les banques créer l’argent ». D’ailleurs, L’AANB est claire à ce sujet, art. 91 - qui montre que le Parlement ou le gouvernement est le responsable de la création et de l’émission de l’argent - mais ce n’est vraiment pas le cas car nous empruntons; le système est tellement bien rôdé que nous croyons emprunter directement des banques.

D’ailleurs M. Raymond Favreau, coordonnateur du conseil scientifique d’ATTAC- Québec m’affirmait « Que les excès du capitalisme financiarisé sont exacerbés par l’indépendance accordée ces dernières décennies aux banques centrales par rapport aux parlements, et par le fait de nomme à la tête des banques centrales des idéologues affairistes qui ne se préoccupent que des intérêts des financiers, et qui font confiance au « marché » pour corriger les excès des spéculateurs et des boursificateurs ». J’ajouterais ceci: concernant le fonctionnement des rouages de l’économie et des marchés financiers, l’ex-président de la FED à déjà répondu: « Nous ne savons pas vraiment comment fonctionne l’économie ». Très rassurant, n’est-ce pas? Pour ma part je préfèrerai croire qu’il le sait - il ne faut pas exagérer - mais qu’il fait semblant de ne pas comprendre ni savoir ce qui se passe, ce qui est encore plus inquiétant.

Nous conclurons notre discussion avec une autre déclaration, et je pourrais en trouver plusieurs; pour l’instant on va se contenter de celle de W Lyon Mackenzie King, Premier ministre du Canada de 1921 à 1930 et de 1935 à 1948; il nous confirme la situation qui prévaut et explique en bonne partie la dette et ses remboursements d’intérêt: « Jusqu’à ce que le contrôle de l’émission des devises et du crédit soit restauré au gouvernement comme sa responsabilité la plus évidente et sacrée, toute référence à la souveraineté du Parlement où à la démocratie est inutile et futile. Une fois qu’une nation s’est séparée du contrôle de son crédit, les gens qui font les lois importent peu... les usuriers, une fois au pouvoir, détruiront la nation ».

Terminons avec la dette des pays du Nord et du Sud. Au Sud, il est certain qu’il ne faut plus permettre au FMI et à la BM d’endetter davantage ces pays. Comme plusieurs personnes, je crois que la dette du Sud est illégitime parce qu’elle a été contractée par des dictatures au service du grand Capital; parce qu’elle n’a pas servi à financier les programmes sociaux; parce qu’elle résulte surtout des intérêts accumulés; et que finalement elle est employée pour imposer d’autres conditions comme l’ouverture des marchés. Pour toutes ces raisons, comme plusieurs militants du Forum Social Mondial, je demande l’annulation de cette dette illégitime. En 10 ans, de 1980 à 1990, les pays d’Amérique Latine ont payé 418 milliards d’intérêts sur un emprunt initial de 80 milliards. Ici au Nord, nous avons déjà dit que selon l’article 91 de l’AANB, la Constitution donne au gouvernement fédéral le droit d’émettre sa propre monnaie. Pourquoi le gouvernement canadien doit-il payer de l’intérêt sur de l’argent qu’il peut créer lui-même sans intérêt? Notre pays doit créer sa propre monnaie sans intérêt au lieu de l’emprunter à intérêt des banques privées.

Payer de l’intérêt au gouvernement serait beaucoup plus normal et intelligent, puisque nous n’aurions pas de remboursement à faire. Devrions-nous, nous aussi, demander l’annulation de la dette étant donné le laisser-aller complice entre le gouvernement et les banquiers privés? Le gouvernement est-il souverain comme il le prétend? Nous avons toutes les preuves que non. Pour se libérer de nos dettes qui s’accroissent en raison des intérêts payés à des banquiers internationaux, il y a des individus qui devront aviser d’autres personnes afin que cet éveil se matérialise.

Avec des livres comme celui dont nous venons de parler, et même en allant encore plus loin, il y a de l’espoir afin que la lumière se fasse et qu’on cesse le cycle infernal de la dette. Voilà ce qu’il faut savoir.

Publié par JC Thériault le 12 septembre 2007 à 02:02 PM TrackBack Commentaires (0)