![]() |
![]() |
|

Imaginons quelque part sur terre un endroit ou des sociétés d'accueil, comme le Québec, auraient la possibilité d'aller magasiner des immigrants parfaits. Des hommes et des femmes dont les profils corresponderaient à des critères recommandés par des participants à la Commission Bouchard-Taylor. Si je me fie à certains propos entendus lors des forums de cette commission, l'immigrant parfait devrait respecter l'égalité homme femme, il devrait bien parler français, il devrait pratiquer sa religion uniquement chez-lui et pour reprendre le lapsus amusant d'une intervenante, la femme de l'immigrant devrait être ''déshabillée''!
Pour ajouter au ridicule de la perfection, pourquoi pas mettre en priorité des immigrants qui répondraient à des critères optionnels. Les blancs, les blonds, les grands et ceux dont les yeux sont couleur d'azur. Ne parlons pas de ceux dont la langue, la cuisine et le vin seraient exclusivement français...
Blague à part, au fur et à mesure que la Commission fait son tour du Québec, la plupart des propos entendus jusqu'à maintenant orientent le débat vers la place de l'immigrant et son intégration alors que la place de la religion en société devrait à mon avis être la question fondamentale. Le débat sur la place de la religion au Québec est entamée depuis presque 50 ans. Bien avant l'arrivée des foulards islamiques et les kirpans.
Quelques mois avant le début des travaux de la Commission Bouchard-Taylor, certains médias et politiciens avaient savement entretenu la confusion entre immigration et religion. Deux débats qui méritent d'être abordés séparément. En mélangeant les deux débats lors des forums de la Commission, on peut observer à quel point l'immigrant parfait, est devenu la nouvelle obssession d'un Québec qui se découvre soudainement lui même imparfait. À force de pointer les signes religieux de certains immigrants, beaucoup de québécois ont soudainement découvert que des signes et des pratiques de la religion catholique ne sont pas totalement absents de certaines institutions du Québec. Je crains que la Commission, malgré certaines mises au point de Gérard Bouchard, ne fassent que cultiver le paradoxe.
Déjà le 26 mai 2005, les députés de l'Assemblée Nationale avaient consacré le paradoxe québécois en matière de religion en votant à l'unanimité (dans une salle où le crusufix est exposé depuis 1936) la fameuse motion interdisant tout tribunal islamique. Personne de ceux et celles qui prônent la laïcité comme solution idéale dans notre culture commune, n'avaient noté l'absence d'une nuance de taille dans cette motion. La marche du Québec vers la laïcité aurait fait tout un pas si la motion interdisait plutôt tout tribunal de type religieux. Mais le courage politique n'était pas au rendez-vous.
Sous prétexte que l'Ontario a failli introduire un tribunal islamique, les élus du Québec ont senti l'obligation d'envoyer un message clair, mais à qui? Personne au Québec n'avait fait la requête d'un tel tribunal. Je ne connais aucun musulman du Québec qui a déjà senti le besoin d'être jugé selon d'autres lois. Le code civil au Québec ne donne, de toute façon, aucune chance à l'avènement d'un tel tribunal. Mais puisqu'un avertissement devait se faire, pourquoi ne pas l'avoir fait simplement sous forme de Déclaration, à savoir que désormais le Québec est une société laïque. Un nouveau tribunal de quelque religion que ce soit ne serait pas le bienvenu. Cette nuance de taille a échappé même à mes amis du Mouvement Laïque Québécois qui ont applaudit cette motion en sous-estimant les conséquences de l'amalgame qu'elle contient et son impact sur l'opinion publique.
Lorsqu'on veut protéger sa maison du vol, on ne programme pas de codes qui permettraient à certains voleurs, mais pas à d'autres, de franchir la porte. La motion du 26 mai 2005 laisse entendre que la laïcité au Québec est de mise uniquement quand il s'agit d'islam ou de musulman. Ce n'est pas étonnant que la confusion régne encore dans les forums de la Commission.
La tragédie du 11 septembre et les deux guerres qu'elle a provoquée en Irak et en Afghanistan, devrait plus que jamais nous rappeler que la laïcité est née comme alternative suite à des siècles de guerres de religions. Le 11 septembre aura eu raison de nous si le raisonnable fait place à un certain aveuglement. Aussi longtemps que le Québec ne se dotera pas d'une charte sur la laïcité, les confusions, les amalgames et les paradoxes subsisteront. De toutes les interventions aux différents forums de la Commission Bochard-Taylor, je note celle d'un jeune de St-Jérôme qui rappelait avec raison que nous n'avons qu'à être le modèle de ce que nous demandons aux nouveaux immigrants. Qu'il s'agisse de laïcité, d'égalité homme femme ou de français, le Québec a besoin davantage de se tenir debout devant lui-même.
Ceci dit, puisque l'immigrant parfait n'existe pas. Pas plus que le québécois parfait, ne nous trompons pas de débat... Ça risque de faire davantage l'affaire de certains politiciens dont l'agenda compte sur une plus grande tension entre les ''Nous-autres'' et les ''Eux-autres''.
Mohamed Lotfi
Réalisateur de l'émission ''Souverains anonymes''
avec les détenus de la prison de Bordeaux à Montréal
TrackBack
Commentaires (12)