Immigrant et laïque, c'est possible!

Le 18 octobre, je lis avec stupéfaction en manchette du Devoir ''Le PQ attise la colère des immigrants''. Le genre de titre qui m'amuse par son aspect absolutiste. Les immigrants seraient encore perçu comme un groupe monolithique.

Mais de quels immigrants parle-t-on? L'article fait allusion à six personnes du Groupe d'action politique des Québécoises et Québécois issus de l'immigration du Parti québécois (GAP-QI), qui ont exprimé par une lettre, publiée le même jour au Devoir, leur réserve face au projet du PQ de proposer une charte sur la laïcité. En quoi les propos de six immigrants seraient représentatifs de tous les immigrants?

Quand la responsable du GAP-QI, Madame Kerlande Mibel, dit que «parler de laïcité, c'est une façon de masquer l'intolérance», je lui rappelle qu'une partie de la population du Québec, qu'elle soit issue de l'immigration ou pas, exprime la même réserve face à la laïcité. Je lui rappelle aussi que le débat au Québec sur la place de la religion ne date pas d'hier. La marche du Québec vers la laïcité est entamée bien avant l'arrivée des foulards islamiques et des kirpans. Nous connaissons l'histoire du Québec des cinquante dernières années.

Par ailleurs, je suis d'accord sur le constat que fait le GAP-QI, quand il affirme que certains politiciens essayent de récupérer le débat actuel sur les accommodements pour provoquer un antagonisme qui n'a pas lieu d'être. Nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission Bouchard-Taylor que le retour du religieux n'est pas uniquement l'affaire de certains immigrants. Effectivement, la laïcité ne doit pas être présentée comme un instrument de protection contre les nouveaux arrivants. Mais ce n'est pas parce que certains politiciens messagers se montrent confus, maladroits ou populistes que pour autant il faut tirer sur le message.

J'apporte à la connaissance du GAP-QI, mais aussi à certains élus du Québec, que certains québécois issus de l'immigration, dont moi-même, sont tout aussi attachés à la laïcité que certains québécois dits de souche. Cela aussi, nous l'avons bien constaté lors des forums de la Commission. Les valeurs d'égalité homme-femme, de non violence ou de laïcité sont, pour moi, des valeurs universelles partagées par d'autres citoyens du monde dont plusieurs arrivent un jour ici.

Cette valeur universelle qu'est la laïcité demeure très mal comprise par une partie des citoyens du Québec qu’ils soient immigrants ou pas. Je dis à ceux et celle qui la considère comme une religion que cela a pris plus d'un siècle après la révolution de 1789 avant que la France instaure une loi sur la laïcité en 1905. Ni foulards islamique, ni kirpans ne circulaient alors dans les rue de Paris. La laïcité a fini par s'imposer comme alternative pour mettre fin à des siècles de guerres de religion et pour stopper le pouvoir l'Église sur les affaires de l'État.

Dans le contexte actuel, une charte sur la laïcité serait le meilleur accommodement que le Québec peut s'offrir. Cela aura pour résultat de favoriser une meilleure cohabitation entre les québécois quelque soit leurs origines et leurs appartenances religieuses. Cela ne veut pas dire la disparition de Dieu dans la vie des gens. Encore moins la disparition de la Croix de Mont-Royal ni de la fête de Noël. On ne deviendrait pas croyant à temps partiel, parce que selon la nouvelle charte, les signes religieux ne seraient plus portés par les représentants de l'État dans l'exercice de leurs fonctions.

Cette uniformalisation de la société québécoise dont Madame Kerlande Mibel semble avoir peur n'aura pas lieu. Dans les rues, les supermarchés, les parcs, les restaurants et dans les transports en commun, les gens continueront à porter les signes qu'ils désirent, excepté dans les institutions de l'État surtout lorsqu'ils sont en situation d'autorité. Les juges, les profs, les policiers et les pompiers. Par ailleurs, cette règle ne devrait pas concerner les élèves, les étudiants, les patients dans les hôpitaux ainsi que des personnes incarcérées, puisqu'ils ne représentent pas l'État.

Dans les institutions publiques, un employé n'aurait pas à faire de choix difficile entre sa foi et sa profession. Le fait par exemple qu'une femme musulmane policière, gardienne de prison ou professeur enlève son voile pour pratiquer sa profession ne l'empêche pas de rester croyante. Ne fait pas d'elle une moins bonne musulmane. Dans une classe d'école, des élèves de différentes appartenances religieuses devraient percevoir leur professeur d'abord comme une professeure. Une musulmane riche de sa foie ne devrait aucunement avoir de problème avec une telle mésure.

N'importe quel parti politique au Québec n'attisera aucunement ma colère s'il adopte une charte sur la laïcité made in Québec. Cela doit être fait cependant avec beaucoup de pédagogie et dans un esprit du bien commun ce qui, à cause de certaines luttes partisanes, n'est pas toujours le cas.

Publié par Mohamed Lotfi le 19 octobre 2007 à 06:58 PM TrackBack Commentaires (1)