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Mettre l'identité au cœur d'un projet politique c'est jouer avec le feu. Je suggère courtoisement à ceux et celles qui se sont penchés sur le sort du Québec pour pondre ce projet de loi sur la citoyenneté, de consulter l'histoire.
Pour un mieux vivre ensemble, le concept de citoyenneté s'est élargi au cours de l'histoire en incluant des réalités politiques, sociales, économiques et écologiques. Dans le contexte québécois, un projet de citoyenneté devrait tenir compte de ces facteurs dans un esprit rassembleur. La reconquête du pouvoir est légitime, mais instrumentaliser des préoccupations identitaires pour y arriver c'est grandement dangereux.
En mettant l'accent sur l'apprentissage du français du nouvel arrivant, le projet de loi du PQ réduit une question de citoyenneté à une affaire d'identité.
Oui, le français est au cœur de l'identité québécoise, mais comme dirait Amine Maalouf, "l'identité n'est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l'existence". Cela va sans dire aussi bien sur le plan personnel que collectif. Le français d'aujourd'hui n'est pas celui d'hier. Il a pris des couleurs nouvelles, des accents plus variés et des tournures qui reflètent un imaginaire collectif plus riche. La langue est la même, mais le langage est en permanente évolution.
C'est moins la perte du français qui inquiète certains québécois dits de souche que l'avènement de langages différents portés par des cultures différentes. Ainsi, la jeune fille née ici mais de parents libanais, bien qu'elle parle un français bien ''de chez-nous'', elle participe, mine de rien à une transformation du langage en concert avec des milliers d'autres enfants d'immigrants.
Dans son livre Je nous et les autres, être humain au-delà des appartenances (aux éditions Le Pommier), François Laplantine avance que "l'identité "propre" conçue comme propriété d'un groupe exclusif serait inertie, car n'être que soi-même, identique à ce que l'on était hier, immuable et immobile, c'est n'être pas, ou plutôt n'être plus, c'est-à-dire mort". Maalouf appellerait cela une identité meurtrière.
Par ailleurs, plusieurs études démontrent que depuis les 25 dernières années les immigrants au Québec s'intègrent plus facilement et cela malgré le chômage qui les touche ici plus que partout ailleurs au Canada.
Je crains que le PQ, qui est à l'origine de la déconfessionnalisation du système scolaire ne débarque du train que lui-même a fait avancer. Au lieu de concentrer ses efforts sur la conception d'une charte de laïcité à la québécoise, le PQ dérive sur une voie qui risque de l'éloigner d'un projet rassembleur et politiquement rentable.
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