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Le Canada a promis d’ajouter plusieurs dizaines de millions de dollars à l'aide alimentaire d'urgence pour lutter contre la crise alimentaire mondiale. C’est un pas dans la bonne direction, mais à condition que ce soit cette fois une aide véritablement dirigée vers les pauvres, non vers des entreprises canadiennes implantées à l’étranger.
Il est important de noter que la crise mondiale de l’alimentation ne découle pas d’une catastrophe naturelle ou d’événements imprévisibles. Elle est le résultat d’un système économique inique qui considère l’intérêt privé des entreprises avant l’intérêt commun des populations.
La fameuse élimination de la pauvreté par le capitalisme débridé que nous promettent depuis des lunes les défenseurs du libéralisme économique n’a jamais eu lieu. Cette nouvelle crise alimentaire en témoigne tristement. Il fallait d’ailleurs être bien naïf ou cruellement cynique pour croire que c’est en transformant en vertu l’égoïsme des bien nantis que l’on atteindrait pareil objectif.
Plus d’un milliard des nôtres vivent actuellement avec moins d’un dollar par jour. Même la très orthodoxe Banque mondiale prédit que si rien n’est fait pour remédier à cette crise, le nombre de personnes vivant ainsi avec moins d’un dollar par jour pourrait bientôt doubler. Deux milliards d’individus, c’est près du tiers de la population mondiale… qui vivraient dans un état d’extrême pauvreté. Et combien de millions et de milliards d’autres avec tout juste un peu plus?
Pour l’instant, huit cent vingt millions de personnes affamées dans les pays en développement ne font pas les manchettes – c'est plus que les populations confondues des États-Unis, du Canada et de l'Union européenne. On y retrouve des gens de tous les âges, des bébés dont les mères ne peuvent produire suffisamment de lait ou des personnes âgées qui n'ont pas de famille pour s'occuper d'elles. Ce sont des habitants sans emploi des bidonvilles, des fermiers sans terre qui labourent le champs des autres, des orphelins du sida et des malades qui ont besoin de nourriture spécifique ou en apport supplémentaire suffisant pour survivre.
Ban Ki-moon, le secrétaire des Nations-Unies, a qualifié la crise alimentaire actuelle de pire crise internationale depuis la seconde guerre mondiale. Comme les prix du riz, du blé et autres grains ont doublé, voire triplé dans certains cas, les pauvres ont été frappés de plein fouet, aux prises avec la faim toujours plus présente, la malnutrition et les agitations sociales. Des manifestations et des émeutes ont éclaté dans plusieurs pays, allant du Sénégal au Bangladesh, du Mexique au Burkina Faso. En Haïti, les gens mangent des biscuits de boue pour apaiser les crampes d'estomac dues à la faim.
Le résultat pour les pauvres est dévastateur, surtout pour le milliard d'êtres humains vivant avec moins de 1$ par jour. Pour les personnes qui ont déjà du mal à y arriver, c'est-à-dire celles qui dépensent pour les deux tiers de leur revenu en nourriture, le doublement et le triplement des prix du grain peut entraîner la famine, la maladie et le désespoir.
Que faire à court terme?
La tendance mondiale au déclin de l'aide dans l'agriculture, du Canada et des autres donateurs, doit être rapidement inversée. Le rapport sur le développement mondial 2008 souligne que « l'agriculture doit être placée en haut de l'agenda de développement si l'on veut atteindre les objectifs de diminution de moitié de la pauvreté et de la faim d'ici 2015. » Le rapport a démontré que la croissance économique générée par l'agriculture est jusque quatre fois plus efficace pour réduire les taux de pauvreté que la croissance dans les autres industries.
Le Canada a récemment délié son aide alimentaire – quelle surprise! –, ce qui signifie que les céréales pourront être achetées plus rapidement et ce directement des fournisseurs régionaux dans les pays pauvres lorsque cela s’avèrera possible, plutôt que d'inonder les marchés locaux de céréales canadiennes qui seront vendues moins chères que les céréales locales.
Le Canada doit cependant absolument implanter une stratégie à plus long terme pour soutenir les petits fermiers dans les pays en développement. Lors des dernières décennies, l'agence canadienne de développement international (ACDI) a dirigé presque 20 % de son aide vers le secteur du développement agricole vital, mais dans les années 1990, cette aide a diminué de plus de la moitié. En 2003, le gouvernement a annoncé des plans pour inverser la tendance en augmentant son aide à l'agriculture afin d'atteindre 500 millions $ par an en 2007-2008.
La nouvelle politique agricole de l'ACDI a été élaborée pour soutenir les petits fermiers, surtout les femmes, en soulignant la sécurité alimentaire au foyer et la production locale pour les marchés domestiques. Cette politique est destinée à créer de nouvelles opportunités pour les pauvres en milieu rural, en travaillant en partenariat avec les pays en développement eux-mêmes, en favorisant la durabilité de l'environnement.
Malheureusement, l'objectif de dépenses n'a jamais été atteint et l'ACDI aujourd'hui dépense moins de la moitié du montant promis. Dans le contexte actuel de grosse crise alimentaire mondiale, le gouvernement se doit d'agir immédiatement pour atteindre son objectif de 500 millions $ pour l'aide agricole. Il est important que ces 500 millions soient bien de l'argent neuf et non pas un déplacement de fonds existants venant d'une autre place dans le budget d'aide.
C'est tout un défi pour le programme canadien d'aide d'augmenter son soutien à l'agriculture, la santé, l'éducation, l'assainissement, l'eau et autres priorités de développement sans faire d'importantes augmentations des fonds d'aide. Lors des dernières élections, le premier ministre Harper a reconnu le déclin de l'aide canadienne pour les pays pauvres et il a promis d'augmenter l'aide canadienne afin d'atteindre le niveau moyen des autres pays donateurs.
Malheureusement, c'est le contraire qui s'est produit. Des chiffres récents ont montré que l'aide canadienne a en fait baissé pour atteindre l'année dernière 0,28 % au PNB (produit national brut), alors que la moyenne de l'aide des pays donateurs était de 0,45 %. L'objectif international a été fixé à 0,7 %. Le Canada continue de bénéficier d'une économie figurant parmi les plus fortes au monde et a récemment annoncé un gros surplus budgétaire de 10,2 milliards $. Le Canada devrait se positionner comme leader et non comme traînard. Le premier ministre doit se faire rappeler publiquement ses promesses, surtout en ces temps de crise alimentaire mondiale.
Que faire pour changer les choses en profondeur?
Joindre les rangs de tous ceux qui croient, comme Ignacio Ramonet et bien d’autres, qu’ « un autre monde est possible! »
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