« Prodada » québécois

Ce texte est une réplique à l’article suivant signé Réjean Tremblay :
http://www.cyberpresse.ca/article/20080713/CPMONDE/807130462/6643/CPMONDE

Historiquement, c’est aux « griots » que revient le rôle de chanter les louanges des membres des puissantes familles africaines afin de leur soutirer des richesses lors de cérémonies. Mais, depuis quelques années, ce rôle c’est étendu au monde du showbiz et de l’information. Ce nouveau concept, le « prodada », le journaliste Réjean Tremblay – du conglomérat Power Corporation – l’a expérimenté. Apportant personnellement une lettre du premier ministre Jean Charest et accompagnant au Burkina Faso l’homme d’affaires Benoît La Salle – un exploiteur d’or, il écrit les louanges de Blaise Compaoré dans un texte intitulé « Le Président bien-aimé » et publié dans La Presse du 13 juillet dernier.

L’entrevue avec Son Excellence s’est déroulée à « Ouaga 2000 », un projet démesuré financé par « des détournements de deniers publics en défaveur de la majorité », selon Noël, un citoyen de Ouagadougou. Suite à son entretien, Tremblay est ressorti fébrile de cette expérience. « On a quitté le palais présidentiel, un peu assommé par la magnificence des lieux », confit-il sans pudeur. Rarement a-t-on pu lire un texte aussi simpliste – voire propagandiste – et dénudé de toute rigueur journalistique dans les colonnes du « plus grand quotidien français d’Amérique ».

D’emblée, Tremblay raconte que le héros de son article a connu « une arrivée dramatique [au pouvoir] il y a plus de 20 ans ». En d’autres termes, il a lâchement assassiné son frère d’armes et meilleur ami, le capitaine Thomas Sankara, pour satisfaire aux exigences de l’administration Mitterrand et pour prendre le pouvoir. Pouvoir qu’il ne veut plus lâcher depuis. À l’instauration de cette « démocratie », en 1991, il a pris le soin de préciser dans la constitution qu’un président ne peut être réélu qu’une seule fois. Mais à la suite de ses deux premiers mandats, il a [subtilement] ajouté un amendement précisant « à l’exception de Blaise Compaoré ».

« Techniquement, il lui reste son mandat actuel et un autre de cinq ans », précise Tremblay. Voilà le journaliste dans le secret des dieux ; il connaît déjà l’issu des prochaines élections prévues pour 2010. Mais de toute façon, « personne ne semble imaginer un Burkina Faso qui ne serait pas présidé par Blaise Compaoré », observe Tremblay. Et que penseraient de cette affirmation les émeutiers qui ont brûlé la statue du Président Bien-aimé à Bobo-Dioulasso, deuxième ville du pays, en février dernier ?

Lorsque Campaoré évoque les événements de décembre 1975 comme seule crise à laquelle a fait face l’administration burkinabè, il omet volontairement de parler de celle qui l’a le plus ébranlé : les manifestations monstres qui ont suivi l’assassinat, par son administration, du réputé journaliste d’enquête Norbert Zongo, en décembre 1998. « Lorsqu’il c’était adressé à la population à la télévision, il faisait tellement pitié. Il avait peur pour sa propre vie. Les gens étaient déchaînés », se rappelle Noël.

« Ce n’est pas étonnant non plus qu’il n’aborde pas la question de la corruption galopante », ajoute-t-il. Tout le monde le sait et le dit au Burkina ». D’ailleurs, l’ONG Transparency International a récemment déposé des plaintes pour détournements de fonds contre cinq présidents africains, dont Blaise Compaoré. Les sommes en jeu sont faramineuses : de 100 à 180 milliards de dollars américains. « En ces temps de crises alimentaires, une mauvaise gouvernance aussi grave de la part de dirigeants de pays parmi les pauvres mériterait d’être dénoncée et non encouragée », conclu Noël.

En 2007, le Président a célébré « 20 ans de progrès » depuis son coup d’état et la fin de la Révolution 1983-1987 (qui avait provoqué de réels progrès en peu temps). Pourtant, ce pays ouest-africain s’est classé à l’avant dernier rang mondial pour l’Indice de développement humain en 2005, tout juste devant la Sierra Léone qui se remet d’une terrible guerre civile qui a duré plus d’une décennie. Malgré tout, Campaoré semble encore croire en ses moyens : « ils vont émerger. Prospérer. On a des ressources. De l’or, de l’uranium, du soleil ». Toutefois, il ne précise pas qui est inclus dans ce « on ». Le bas peuple burkinabè ou, encore une fois, les amis du président pratiquant le « prodada » ?

Publié par Guims le 27 août 2008 à 01:25 PM TrackBack Commentaires (0)