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Il faut le dire et le répéter : le gouvernement de M. Harper a de son propre aveu manqué radicalement de flair politique et de vision. Le ministre des Finances présente une opération budgétaire tout en disant que ce n'en était pas une, déclarant quelques jours plus tard que le budget réel viendrait vers la fin janvier après des consultations avec les provinces et de quelques matamores des grandes industries, etc. Quelques jours après, il raye de sa politique trois items qui ne semblent pas majeurs, mais qui l'étaient dans le contexte d'un énoncé politique et économique concocté en vase clos. Maintenant, il demande la prorogation de la Chambre en invitant deux autres partis à collaborer pour préparer un budget acceptable aux Canadiens. Ne nous arrêtons pas sur la question de la prorogation. Encore, il appelle à une collaboration, mais trop tard.
Ce recul est un indice d’une méconnaissance de la situation économique globale et régionale - tout en y faisant allusion du bout des lèvres, indice de non-anticipation de la réaction générale, de la réaction des partis d'opposition et de la majorité des économistes et journaux du pays. Se désister après coup souligne que ce gouvernement prétend gouverner seul, alors qu'il est minoritaire et de plus se juge lui-même en retirant ses politiques désastreuses. Le cerveau des conservateurs est profondément en panne : sans flair politique; plein d’autosuffisances, et sans aucune perspective historique ou contemporaine. Pourquoi ne pas avoir présenté une vision en collaboration avec tous les élus en ce temps de crise? De leur propre aveu, profonde?
Devant la volte-face des oppositions, le Chef du Parti fait une première déclaration publique dont l’essence est de dire que son gouvernement tout minoritaire qu'il est a parfaitement raison. Et cela, en admettant que les oppositions ont le droit de contester le gouvernement, de le mettre en question, mais ils n’auraient pas de légitimité pour gouverner comme une coalition parce qu’elles n'ont pas été élues pour cela. La phraséologie harpérienne laisse entendre que l'opposition organisée en coalition ne peut laisser M. Dion, ou un autre, devenir premier ministre pour gouverner le pays; ce n'est pas la volonté du peuple! Il importe de rétorquer que tous les députés ont été légitimement élus; et que leur rôle est d'interpréter la volonté générale au meilleur de leur jugement. En ce sens, l’opposition peut et doit contester le gouvernement au nom de principes qu’elle juge en regard du bien commun. L’esprit partisan règne-t-il au point de mettre en cause une quête des moyens pour alléger le fardeau qui pèse sur tous alors que la cupidité des centurions du marché s’est révélée au grand jour sur tous les parquets du monde? Pourquoi ce gouvernement minoritaire n’a pas saisi le moment pour se hausser sur l’échelle de la magnanimité en collaborant avec tous les membres de la Chambre? N’est-il pas minoritaire?
Pourquoi a-t-il apprêté un plat arrosé de confettis pour se pavaner devant les contemporains avec cors et trompettes en brandissant l’étendard de “nous-sommes-les-meilleurs”?
Ici, il faudrait une psychanalyse historique du cerveau de ce parti bâti dans l’aire de la querelle des pontifes du politique nourris par une idéologie religieuse fondamentaliste et une idéologie économique de laisser-faire, car dans cette vision la grâce est accordée selon le succès des parasites du marché qui s'animent au feu du désir infini du cumul. Il regarde le peuple de haut, car il se gausse d’occuper toute l’arène du pouvoir. Ce parti mimique les canevas de son idéologie du marché: il profite du pouvoir, si mince soit-il, car il est libre de faire fonctionner le cours des choses au gré, et selon et selon, pour leur propre gloire - la gloire étant l’aura du succès du pouvoir, donc son profit. Comment pourrait-il se placer sur un pied d'égalité pour négocier des alliances, même ponctuelles? Tous les élus de la Chambre ne sont-ils pas des représentants légitimes des volontés de tous les membres de la société? Et dans un temps de grande crise n’est-ce pas urgent et nécessaire de s’élever au moins d’un cran au-dessus des différences idéologiques pour offrir au Canada une Chambre unie afin de prévenir les surprises de la crise en cours? Ce gouvernement a fait tout le contraire : il a réussi à semer l’inquiétude chez tous, à élargir le fossé entre l’opposition et le parti gouvernemental et à rendre la Chambre inopérante et à miner l’esprit démocratique. Le comble, c’est de proroger la Chambre: gouvernera-t-il en quelque sorte par décret? Que nous réserve la fin de janvier? Ce sera selon l’ouverture réelle des uns et des autres. Quel est maintenant le statut du Québec? Les conservateurs regretteront-ils leurs abus de langage? Toutes des questions que les commentaires éclaireront.
Publié par Jean de Cuir le 04 décembre 2008 à 04:55 PM
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