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Vous dites “progrès”? Globalement, à certains égards en science et en technologie. La barbarie, la stupidité, la cupidité, la tyrannie, la torture, oui il y eut progrès. Droits de la personne? Des avancées lentes. Au niveau de la connaissance de soi, très peu. Par exemple, vous pensez que les krisis écologiques et économiques surviennent par magie? Non, de l’inanité des humains.
D’autres ont écrit des volumes là-dessus : les Ziegler, Diamond, Soros, Krugman; des rapports de l’ONU, de l’UNESCO, de la Grande-Bretagne. Des gauchistes? Non pas. Il ne reste que quelques notes d’espérance: plus on “saisit” la catastrophe, plus on peut réagir. Mais ...
Exemples. Le dernier rapport de la commission bipartisane sur les armes de destruction massive affirme que des attaques terroristes avec armes biologiques plutôt que nucléaires sont très plausibles vers d’ici à 2013. La menace est réelle, il est impérieux que l’ensemble des États réagisse : protéger les laboratoires; abandonner le laxisme; s’entendre plus rapidement sur des traités de non profilération; contrôler la circulation des armes, etc.
Seulement 107 pays ont signé un traité bannissant les bombes multifonctionnelles (cluster munitions) ( Chine, Russie, E.U. Israël n’ont pas signé).
On se rend compte que la prospérité ne peut être bâtie sur la croissance du crédit quand il se fonde sur la hausse indéfinie des “valeurs” ( maisons, capitaux, travail, biens, ressources). De plus, le marché ne peut s’autorégler. Pourquoi? Parce que la “maîtrise” du désir n’est pas déterminée ou inscrite en des gènes obscurs, ni en la “nature”, ni par le sacré, ni par les collectivités soumises à des idéologies économiques et sociales qui ne sont pas mises en question (idéologie néo-libérale).
Congo, Soudan, Zimbabwe, Rwanda, etc. de la misère, de la misère. Et ces militaires qui violent systématiquement les femmes appartiennent à quelle espèce? Osons poser la question: est-ce que l’humanité existe ou peut-elle exister si collectivement on ne la cherche pas. Quelle que soit l’option religieuse, idéologique cherche-t-on une négociation sur l’humanité que nous désirons créer? Poser la question, c’est y répondre.
J’ose affirmer que si vous lisez n’importe quelle histoire du monde ( de Spengler à McNeil, Diamond, Bonnard, J. Roberts, H. Thomas, celle de l’UNESCO, Eliade, Duché, Hodgson, etc.; vous découvrirez que l’humanité n’a jamais existé: elle en suspend dans un avenir problématique. Quand réalisera-t-on que tout “doit” être négocié? Quoi penser et quoi faire alors? Justement, le mieux possible et jauger le mieux avec prudence en dialogue avec les “autres” --tous ceux et celles qui offrent des voies à explorer. À ma connaissance, personne ne possède de vérité ultime. De Bouddha à Shakespeare ou Einstein, tous livrent des parcelles; les vérités, les certitudes sont “in motu proprio”, ont leur mouvance propre. Si ceci fait sens, une mutation est en cours : le passage des “dogmatismes” à L’ “espérantisme”. Nous quittons lentement les frontières imperméables, celles qui servaient à définir les identités une fois pour toujours, frontières ethniques, religieuses, idéologiques, pour celles qui émanent de négociations entre personnes souveraines, donc libres et égales. C’est dire beaucoup en somme, car c’est prendre conscience que la personne est transcendante. Ce qui signifie paradoxalement qu’ aucune de ses créations ne la détermine et parmi ses créations, il y a le langage et tout ce qu’il permet. Or, le langage, comme invention, est le lieu de l’inter-communication, car il recèle l’interréférentialité entre les personnes : il constitue le milieu “sémantique” où les personnes s’habilitent à vivre ensemble. C’est entre nous que nous nous disons le monde, l’univers, nos projets nos finalités, nos rêves, nos désirs, nos aménagements économiques, politiques, sociaux, culturels, historiques. Nous existons dans ce que le langage permet. Cependant entre le langage, ses créations, et la personne, il y a une distance, celle entre le créateur et ses créations: aucune n’épuise la personne. Toutefois, il s’avère que des personnes non seulement s’enlisent dans leurs créations, mais s’y installent en quelque sorte et cessent de créer et de se créer: elles existent une fois pour toujours, devenant des “obéissantes” aux codages qu’elles ont adoptés.
Je soupçonne qu’une psychologie peut se développer à partir de ce type de récit anthropologique. Aussi, qu’une réflexion sur la nature de l’interrogation (inter-rogation) aboutirait à une meilleure compréhension de ce que Socrate proposait comme démarche pour s’enfanter soi-même. Ce récit a des ramifications en éducation, en économie, en politique et ... Exemple: il me semble que l’éducation aux arts est fondamentale, car la personne découvre son “ être-créateur” ; comment ensuite traduire cela dans tous les autres apprentissages, dans les relations entre personne? Je cite un passage qui indique l’horizon du livre Z de l’Éthique à Nicomaque (Aristote) : “Parler, délibérer, décider, anticiper, penser en prenant à chaque fois la mesure “en même temps du ce qu’il faut, du comme il faut, et du moment où il faut (1142 b 28), tel est l’horizon du véritable SAVOIR-VIVRE dans la communauté dont se préoccupe l’homme qui a souci de la réflexion. Et ces précisément de cela qu’il est question dans les magnifiques pages du livre Z ...” (Arjakovsky, Philippe, (nouvelle traduction et notes de) Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre Z/VI, Paris, Pocket, 2007, p.43)
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