Le Fonds mondial est en crise

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme aurait besoin de cinq milliards de dollars de plus pour sauver des vies et soutenir les pays dans le besoin. Cette somme représente moins de la moitié de 1 % des fonds publics que les pays membres du G8 ont accordés pour renflouer les banques privées au cours des trois derniers mois.

Le sida, le paludisme et la tuberculose tuent plus de 6 millions de personnes chaque année. Et pourtant, des mesures simples et rentables existent pour lutter contre ces trois maladies : des moustiquaires imprégnées d'insecticide et des médicaments pour contrer le paludisme, des médicaments à 20 $ pour guérir de la tuberculose, et des traitements antirétroviraux, des condoms et d'autres stratégies de prévention pour combattre le VIH et le sida.

Le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme est le principal contributeur dans la lutte aux maladies qui affectent les pays les plus pauvres. Depuis sa création, en 2001, le Fonds mondial a soutenu la prévention à grande échelle et des programmes de traitement et de soins dans 137 pays avec des investissements de 7,2 milliards $US. Grâce aux projets soutenus par le Fonds mondial, 2 millions de personnes bénéficient d'un traitement ARV, 4,6 millions ont reçu un traitement efficace contre la tuberculose, et 70 millions de moustiquaires traitées à l'insecticide ont été distribuées pour protéger les familles du paludisme.

Le Fonds mondial a un impact considérable dans plusieurs domaines, dont l’un est la réduction de la transmission du VIH d'une femme enceinte à son enfant. La Névirapine, un médicament éprouvé et peu cher, est administré aux femmes enceintes séropositives juste avant l’accouchement et réduit considérablement le risque de transmission du VIH de la mère à l’enfant. En Namibie, un des principaux objectifs des services de santé est de parvenir à éliminer cette transmission du VIH de la mère à l’enfant. Grâce au soutien du Fonds mondial, beaucoup d'établissements sanitaires travaillent maintenant dans ce sens, comme c’est le cas pour l’hôpital de la région d'Oshana, dans le nord du pays.

Le docteur Nafthali Hamata voit des patients qui parcourent jusqu’à 70 kilomètres chaque mois pour s’ajouter à la file d'attente en vue d’obtenir gratuitement leurs ARV. La file d'attente s'allonge de mois en mois, car de plus en plus de personnes sont au courant du traitement gratuit et veulent être traitées, et les femmes enceintes font partie de ces personnes. Le docteur Hamata explique que parmi les femmes qui viennent à la clinique, une sur quatre est séropositive, mais qu’en raison de l’efficacité du programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant, moins de 5 % des bébés naissent séropositifs. En tout, grâce aux programmes soutenus par le Fonds mondial, 445 000 femmes enceintes séropositives dans le monde ont pu recevoir un traitement prévenant qu’elles ne transmettent le VIH à leur enfant. En fin de compte, non seulement les enfants sont plus en santé et les communautés plus fortes, mais leurs systèmes de santé sont moins chargés et plus efficaces à long terme.

Le Fonds mondial constitue un partenariat multilatéral unique entre les gouvernements, la société civile, le secteur privé et les communautés affectées. Il regroupe les fonds des pays donateurs, du secteur privé et des fondations, puis utilise ces ressources pour financer des projets soumis par les pays à forte prévalence du sida, de la tuberculose et du paludisme. Le Fonds mondial n’implante pas les programmes; il s’appuie plutôt sur des experts locaux et des praticiens pour fixer les priorités et implanter les projets. Il fonctionne en fonction des demandes formulées à la base et non des demandes formulées et contrôlées par sa propre direction. Il est incomparable en matière de coût et d’efficacité dans la lutte contre les trois maladies. Aucun autre mécanisme au monde n'a relevé de défi aussi ambitieux ni obtenu de résultats aussi incroyables dans un laps de temps aussi court. Les engagements du Canada et des autres donateurs ont permis au Fonds mondial d'aider à sauver 3,5 millions de vies depuis 2001.

L'énorme succès du Fonds mondial a cependant créé une demande qui ne cesse de s'accroître. Des propositions de projets nécessitant un financement s’élevant à 3,1 milliards de dollars ont ainsi récemment été faites auprès du Fonds mondial. L'année dernière, le Fonds a approuvé le financement de projets pour 1,1 milliard $. Chaque proposition de projet approuvée et financée représente d'innombrables vies sauvées, des familles et des communautés plus fortes et de l'espoir.

Alors que la demande explose et que les propositions pour financer des projets intéressants continuent d'affluer, les dons des bailleurs de fonds ne suivent pas. Le Fonds mondial a besoin que les donateurs augmentent leurs contributions. À l'heure actuelle, les promesses de dons sont presque équivalentes à la demande, soit environ 3 milliards $US, mais on estime que 5 milliards $US de plus sont nécessaires pour financer les nouveaux projets. Sans soutien, les propositions de projets ne pourront être financées et des hommes, des femmes et des enfants mourront.

Depuis les débuts du Fonds mondial en 2001, le Canada s'est engagé à verser 980 millions $CAD au Fonds. Ce chiffre inclut notre dernier engagement de 450 millions $ sur trois ans, soit jusqu’en 2010. Sur un total de 44 pays donateurs, le Canada occupe la 8ème place en matière de montant total de dons, en revanche il arrive avant dernier dans la liste du G8, juste devant la Russie. Pratiquement 40% de tous les investissements du Canada dans la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme se font par nos contributions au Fonds mondial.

Publié par Bruno Marquis le 21 avril 2009 à 06:44 PM TrackBack Commentaires (0)