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Non au dogmatisme culturel
Depuis une semaine, nous assistons à une polémique provoquée par la présence d’artistes anglophones lors d’un spectacle de la Fête nationale, le 23 juin prochain, au Parc Pélican dans Rosemont. Mario Beaulieu, à la fois président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) et président du Comité de la Fête Nationale (CFN), a multiplié les pressions sur le producteur délégué, C4 Productions, afin que les anglophones soient retirés du spectacle, au nom d’un principe qui s’apparente à un dogme indiscutable : La Fête nationale ne devrait être célébrée qu’en français.
Nous, signataires de la présente lettre, sommes majoritairement des travailleurs culturels Québécois, qui travaillons quotidiennement, depuis plusieurs années, au rayonnement de notre culture nationale. Nous y prenons part avec cœur et engagement. Nous voulons, par la présente, dénoncer de manière ferme l’attitude et l’idéologie de Monsieur Beaulieu et de la Société Saint-Jean-Baptiste tout au long de cette polémique.
Les productions locales et indépendantes, fruit du travail des artistes d’ici, font partie intégrante de la culture québécoise et de notre identité nationale. La langue dans laquelle ces artistes s’expriment ne change rien à cette réalité. La langue française au Québec et, plus généralement, la culture francophone en Amérique du Nord ne sont pas menacées par nos artistes locaux qui, il est bon de le rappeler, ont pleinement le droit de s’exprimer dans leur langue maternelle.
Afin de lutter contre l’hégémonie de la culture Américaine qui concurrence directement les productions locales, tous les artistes et producteurs d’ici, toutes langues confondues, sont de précieux alliés. À chaque fois qu’une création d’ici attire le public dans une salle, à chaque fois qu’un mélomane se procure un disque produit au Québec, c’est l’ensemble de notre culture nationale qui s’en porte mieux.
Il n’y a aucune espèce de rapport entre le fait que des artistes locaux issus de traditions anglophones s’expriment dans leur langue maternelle, même le jour de la Fête nationale, et la lutte, essentielle, pour la protection du français. Protéger et promouvoir le français n’implique d’aucune manière l’exclusion de nos collègues anglophones au sein de notre identité nationale.
Refuser à un artiste d’ici le droit de présenter le fruit de son travail et nier son droit de participer à la célébration de notre nation, c’est porter une grave atteinte à notre dynamisme culturel. On voudrait nous faire croire que ce refus sert à protéger notre identité nationale. Au contraire, nous sommes persuadés qu’une telle attitude ne fait que miner tous les efforts quotidiens effectués d’arrache pied par les travailleurs culturels du Québec afin de construire une identité culturelle unique en son genre.
Que nous disent les protagonistes d’une telle exclusion? Qu’il y aurait une catégorie d’artistes qui seraient Québécois 364 jours par année, sauf le jour de la Saint-Jean Baptiste? Que ces artistes, bien qu’ils se sentent profondément Québécois devraient se contenter de fêter le Canada Day? Que pour eux, cette journée de la fête nationale, est un jour de congé forcé où ils n’ont pas le droit de travailler?
Et c’est avec ce genre de message qu’on souhaite célébrer notre identité nationale et stimuler la francophilie chez les anglophones? Si ce n’était pas si triste, on aurait presque envie de rire!
Qu’on nous comprenne bien : les travailleurs culturels Québécois ne sont pas tous d’accord sur la question nationale et le débat qu’elle suscite. Certains sont souverainistes, d’autres fédéralistes, d’autres encore n’ont pas d’opinion. C’est le lot de tout citoyen ici bas. Nos points de vue divergent à ce sujet, comme sur bien d’autres.
Mais là où nous sommes tous d’accord c’est que toutes les initiatives culturelles locales, qui participent au dynamisme de la scène artistique Québécoise, méritent de prendre part à la célébration de notre nation. Sous aucun prétexte nous n’accepterons que les artistes se voient imposer, à des fins politiques ou partisanes, la bonne façon de créer, la bonne manière de s’exprimer ou, pire encore, la bonne conception de la nation.
En 1977, c’est René Lévesque lui-même qui a laïcisé la fête de la Saint-Jean-Baptiste pour en faire la Fête nationale de tous les citoyens du Québec. Ce sont aussi, en bonne partie, les artistes qui ont combattu naguère l’obscurantisme idéologique et religieux. Tout retour en arrière sur ce point serait absolument inadmissible. Nous n’accepterons pas que de nouveaux chanoines politiques s’arrogent le pouvoir de discriminer les uns ou les autres en prenant leurs opinions pour des évangiles idéologiques.
La réalité effective de la nation Québécoise et les idées qu’on peut s’en faire n’appartiennent pas à la Société Saint-Jean-Baptiste ou à tout autre groupe. Concevoir les choses de cette façon, c’est miner de manière fondamentale les acquis en matière de droits et libertés, non seulement des artistes, mais de tous les citoyens du Québec, obtenus de chaude lutte depuis la révolution tranquille.
Ainsi, nous demandons à la Société Saint-Jean-Baptiste, au Comité de la Fête Nationale et au Mouvement National des Québécois de se contenter de coordonner les événements de la Fête nationale et de gérer les budgets qui leur sont attribués de manière non partisane, sans s’immiscer dans le contenu des spectacles proposés par les travailleurs culturels et encore moins d’utiliser leurs pouvoirs pour faire pression sur ceux qui oeuvrent avec cœur à promouvoir la culture Québécoise. Faute de quoi, ces organismes devront reconnaître qu’ils n’ont pas les compétences pour gérer de manière honnête et neutre des fonds publics qui, il n’est pas inutile de le rappeler, proviennent des impôts de tous les contribuables du Québec.
Cette lettre est signée collectivement par plus d'une cinquantaine de travailleurs culturels
Pour voir la liste complète www.nationquebec.net
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