Place à Confucius

La Chine profite beaucoup de la mondialisation des marchés, et une délégation de Shandong est venue le 11 juin dernier remercier le Québec pour son excellent partenariat... Une imposante statue de Confucius nous a été offerte, et elle loge désormais à l’ombre du parlement. Quelle étrange idée d’avoir foutu Confucius à l’entrée du Vieux Québec ! Le quartier chinois de Montréal n’en voulait pas ?

Située de biais avec le pigeonnier municipal, la statue a été dévoilée en présence d’élus qui ont tous roucoulé de joie, sans se demander si la statue était un cadeau de grec. Le représentant de l’aile intellectuelle du PLQ fut Michel Pigeon. Alors que la Chine connaît une croissance fulgurante, le Québec applique une stratégie de développement économique axée sur les investissements extérieurs, la relocalisation d’entreprises hors du pays, les fermetures d’usines, l’exportation des emplois, la dilapidation ou l’offre à bas prix de nos ressources, la vente de nos fleurons et joyaux, l’exode des cerveaux, le tranfert des centres décisionnels, l’accès peu démocratique au capital de risque, la culture d’appauvrissement, l’importation de produits bas de gamme ou parfois « inquiétants » en regard des normes canadiennes plus élevées, etc.

Dans les faits, nous sommes aujourd’hui moins « maîtres chez-nous », moins maîtres de notre avenir et de notre destinée qu’au temps de Duplessis... Depuis 1976, l’élection de quatre gouvernements autonomistes n’a foncièrement rien amélioré, bien au contraire. Alors que nous sommes dans la gueule du dragon asiatique, les mâchoires se referment, et on se demande toujours, béatement, quelle est la marque de son dentifrice ?

Une société qui s’appauvrit fragilise dangereusement sa propre économie. Le glissement économique de notre classe moyenne s’est opéré bien avant la récession 2009, et cet état de fait rend toute politique incitative « d’acheter chez-nous » presque illusoire et futile. Grand importateur de produits sino-cheapo, Dollarama a réalisé au dernier trimestre un profit record en hausse de 88% ! Que les pauvres et gagne-petits achètent à reculons des produits peu chers et non québécois est compréhensible, mais que des personnes nanties et de surcroît leaders d’opinion fréquentent également les Dolarama, comme Bernard Landry (émission des Francs-Tireurs), c’est faire preuve d’inconsistance et d’incohérence par rapport aux discours souvent entendus.

La fête nationale arrive bientôt, et je rêve encore d’un défilé grandiose où des milliers de Québécois agiteront fièrement leurs drapeaux « made in Québec », et non plus « made in China ».

Après mûre réflexion, j’estime finalement que le site actuel de la statue s’avère le meilleur endroit. Les élus étant généralement confus, Confucius servira de guide spirituel pouvant les ramener à la raison. On vit à une époque où les politiciens ont un urgent besoin de maîtres à penser.

Publié par Michel Bédard le 18 juin 2009 à 01:16 PM TrackBack Commentaires (1)