Le microcrédit en Haïti et ailleurs dans le monde

Ce serait drôlement bien que le gouvernement canadien accepte à l'avenir de diriger une plus grande part de notre aide étrangère vers le microcrédit en Haïti et dans d'autres pays pauvres! En ciblant les plus pauvres parmi les pauvres, ceux vivant avec quelques dollars par jour, nous améliorerions rapidement leurs conditions d'existence et leurs perspectives d'avenir. Je suis certain que de tous petits prêts de 20 $ à 200 $ feraient toute la différence au monde pour plusieurs de nos frères et sœurs plus démunis.

Qu’est-ce que le microcrédit?

Comme je l’ai expliqué dans une chronique précédente, il s’agit de prêter de très petites sommes à des gens très pauvres auxquelles les grandes institutions financières refusent généralement d’accorder du financement. Ces prêts n’exigent aucune garantie, mais l’expérience de la banque Grameen au Bengladesh, pionnière dans le domaine, révèle un taux de remboursement supérieur à la moyenne. Les emprunteurs, ou devrais-je dire les emprunteuses, sont majoritairement des femmes. Leur emprunt leur permet d’acquérir à prix raisonnable ce dont elles ont besoin pour produire des biens qu’elles pourront alors revendre, à profit, pour améliorer leur sort et le sort de leur famille.

L’exemple de Maman Mole Motuke en République démocratique du Congo

Maman Mole Motuke vivait dans une voiture-épave, avec ses quatre enfants, dans une banlieue de Kinshasa, en République démocratique du Congo. Elle ne pouvait nourrir, à tour de rôle, que deux de ses quatre enfants à la fois. Lors d'un entretien avec du personnel d'un organisme de microcrédit, elle leur a expliqué qu'elle savait comment préparer le chikwangue, la pâte de manioc, et que quelques dollars seulement lui suffiraient pour en commencer la production.

Après une formation de six mois en marketing et en technique de production, Maman Motuke a reçu un premier prêt de 100 $ pour acheter le matériel nécessaire et commencer, à une échelle fort réduite, la production du chikwangue. Petit à petit, les revenus de Maman Motuke se sont accrus. Aujourd'hui, elle et sa famille n'habitent plus dans une voiture-épave. Ils louent plutôt une maison avec deux chambres et un salon. Ses quatre enfants vont à l'école, mangent régulièrement et sont bien habillés. Ses futures économies lui serviront à acheter un petit terrain dans une banlieue de la ville et, le souhaite-t-elle, à y construire une maison.

Pourquoi accorder des prêts aux plus pauvres pour de telles activités?

Dans la plupart des pays en développement, les travailleurs indépendants représentent 50 % de la population qui participe à l'économie formelle. L'accès à de petits prêts avec un taux d'intérêt raisonnable – plutôt qu’aux taux excessivement élevés des prêteurs sur gages traditionnels – offre aux plus pauvres l'occasion de changer d'activité et de générer plus de revenus.

Dans la plupart des cas, les programmes de microcrédit fournissent une combinaison de services et de ressources à leurs clients, dont des services d'épargne, de la formation et des réseaux de personnes-ressources et de solidarité. Le microcrédit permet aux familles de mettre fin à leur état de pauvreté avec dignité. Les emprunteuses ou emprunteurs voient habituellement au succès mutuel de chaque membre de leur groupe de solidarité en s'assurant du remboursement de chaque prêt.

Une solution à court terme

Le microcrédit est une solution à court terme pour aider des gens très pauvres à sortir en partie de leur état de pauvreté extrême. Ce n’est en rien une solution à long terme pour mettre un terme à la pauvreté. Si cette approche doit être promue, c’est parce qu’elle constitue une solution applicable à très court terme qui peut faire une très grande différence dans la vie de gens très pauvres.

Seul l’établissement de véritables démocraties – et d’abord dans les riches pays du Nord - nous permettra toutefois de mettre un terme à la pauvreté et aux inégalités. Le partage égal des pouvoirs que nous retrouverions dans une démocratie ne pourrait qu’entraîner, à assez brève échéance, un partage égal des ressources, des revenus, du travail, des loisirs et de l’accès à l’éducation!

Publié par Bruno Marquis le 07 février 2010 à 12:04 PM TrackBack Commentaires (0)