Davos

À propos du prochain Davos. « Shared norms presuppose shared purpose. » Ce qui renvoie aux conditions qui favorisent l`émergence d`un bien commun à partir duquel on peut élaborer des règles et des lois (globalized legal infrastructure). C`est non pas les « shared norms » qui sont la condition de la vision commune, mais l`inverse.

« This is why we will focus on shared norms for the new reality as the theme at this year's Annual Meeting of the World Economic Forum in Davos. Norms are vital for providing fundamental guidance to decision makers who operate in this new reality, which still lacks an effective formal and globalized legal infrastructure. They also provide the compass which can guide the decision-making of leaders and help ensure inclusive rather than exclusive outcomes. Without such shared norms, our efforts of reforming global systems will lack direction and, in the worst case, prove to be ineffective. Shared norms will also help to define a common vision for the future that we want to create. » (article dans Huffington Post 26-1-11) À propos du prochain Davos. « Shared norms presuppose shared purpose. » Ce qui renvoie aux conditions qui favorisent l`émergence d`un bien commun à partir duquel on peut élaborer des règles et des lois (globalized legal infrastructure). C`est non pas les « shared norms » qui sont la condition de la vision commune, mais l`inverse. Élaborer une vision commune suppose un état d`esprit qui permet de hiérarchiser les intérêts. Or, cela requiert un examen autocritique d`une part, une ouverture à l`autre d`autre part, ouverture qui permet de négocier pour établir ce bien commun.
Or, les grandes corporations internationales, comme celles, nationales, sont par la voix de leurs dirigeants fixés sur la création d`une abondance qui permettra l`enrichissement de chacune. Elles supposent que c`est pour le bien de tous, car c`est cet enrichissement qui favorisera l`emploi, et en conséquence la consommation, qui en retour accroît la richesse… et ainsi la roue tourne. Mais, quelque part -- on sait où – quelques-uns soutirent de cette richesse et accumulent des biens pour eux-mêmes. On a parlé de cupidité humaine; elle serait à la source de l`absence de conscience commune et du bien commun. Or, la cupidité est le fruit de ce que les humains nomment le désir, qui par nature chez eux est infini. Pourquoi? Parce qu`il n`y a pas de régulation interne comme dans le monde animal et que c'est par l'apprentissage que l'animal humain apprend à s'autoréguler. Donc, l'animal humain doit se prendre en main et découvrir les règles de son comportement. L'histoire de cette autorégulation remonte aux premiers moments de la séparation de l'arbre hominidien.
Il fallait survivre. Pour cela, s'organiser. Première base : la consanguinité (ce que l'on retrouve aujourd'hui sous l'ethnicité). Deuxième : la territorialité. Troisième, mais qui anime en quelque sorte les deux autres : la croyance que tout est habité par des superpuissances auxquelles il est inévitable de se soumettre. Parce que c'est par les relations de pouvoir que « tout » peut se réaliser. Or, le pouvoir est conçu à partir du premier analogue, la force musculaire (qui deviendra outillée par le vent, par l'eau, par les outils, etc.) La conception d'un monde hiérarchisé sous le modèle de la domination est reflétée dans la croyance. Ainsi, bref, le désir humain a été régulé essentiellement par la force qui fixe une hiérarchisation des êtres (personnes). La structure première de toute organisation sociale -- et qui demeure présente et majoritaire aujourd'hui -- c'est celle que l'on peut représenter par le schéma dit structure d'ordre : A domine B qui domine C; c' est dire que la relation entre A et B, B et C et A,B, C est non réversible, unilatérale, non réciproque et univoque. Examiner le politique, le social, l'économique tant au plan global que local et vous trouverez partout cette structure de domination.
Ce que la prochaine mission de la rencontre de Davos veut accomplir suppose un changement radical d'orientation des « moeurs » humaines, à savoir l'instauration d'une structure de réciprocité, de multilatéralité, de réversibilité et à la limite de plurivocité dans les rapports humains. C'est un changement d'esprit que les membres qui se réunissent à Davos espèrent. Il croit générer ce changement par l'instauration de règles nouvelles. Il ne voit pas que ce sont les habitudes acquises depuis fort longtemps dans les rapports humains qu'il importe de modifier. Ce qui leur est « invisible », c'est l'esprit de domination, de compétition, d'exclusion, d'extermination, du « chacun-pour-soi », sanctionné par des croyances qui fixent dans l'absolu les identités. Confronter les rapports de pouvoir et les façons de concevoir le pouvoir mènent, à mon sens, à reprendre les visions anthropologiques et repenser l'humain. Ce qui est, presque de soi, absent de cette future rencontre.
Voir : LE BASCULEMENT DU MONDE
Une « crise » qui dure depuis un quart de siècle, une « mondialisation » omniprésente dans les discours publics, des guerres meurtrières d'un nouveau type, des atteintes à l'environnement toujours plus graves : nos contemporains savent qu'ils vivent une période de mutations. Mais dans la cacophonie des débats médiatiques, ils manquent de repères pour discerner les vrais enjeux, et surtout pour prendre toute la mesure de cette mutation si complexe.
C'est tout l'intérêt de cet essai majeur de Michel Beaud que d'offrir une mise en perspective de ces évolutions, dans toutes leurs dimensions (économiques, politiques, sociales, écologiques). En les replaçant dans la longue période, il montre de façon saisissante que la phase d'accélération actuelle est sans précédent dans l'histoire de l'humanité. C'est « l'engrenage des accélérations », conjugué à l'empire sans partage de l'économie et de l'argent et à l'irresponsabilité des dirigeants, qui explique ce « basculement du monde ».

Pour Michel Beaud, ce basculement est lourd de dangers : l'irrémédiable est aujourd'hui possible, sous des formes déjà énoncées ou encore inconcevables, même s'il peut encore être conjuré. Évoquer les périls auxquels nous sommes confrontés n'est pas signe de pessimisme, mais d'esprit de responsabilité. Évaluer les problèmes et leurs sources, redonner prééminence aux valeurs, esquisser des stratégies et travailler à les mettre en œuvre : là réside l'optimisme.
Michel Beaud, né en 1935 à Chambéry, est professeur à l'université de Paris-VII. Auteur de nombreux ouvrages, il cherche avec constance à éclairer et comprendre les réalités de notre temps : capitalisme et socialisme, pensées et politiques économiques, économies nationales et mondialisation dans la grande mutation en cours.
Voir le site web : http://classiques.uqac.ca/

Publié par Jean de Cuir le 26 janvier 2011 à 11:21 AM TrackBack Commentaires (0)