Tittynainment : donnez-leur du pain et des jeux (olympiques)

J'ai une petite histoire à vous raconter. Elle est véridique. Nous en sommes en 1995 à l'hôtel Fairmont, à San Fransisco. L'établissement est à la fois une institution et un symbole, un havre de grand luxe. Y descendre signifie être arrivé dans la vie. C'est dans ce cadre chargé d'histoire qu'à la fin de septembre 1995 se réunissent l'élite du monde. On y retrouve l'ancien président de l'URSS, Mikail Gorbatchev, Georges Bush père, Margaret Thatcher mais aussi les vrais maîtres du monde: les PDG des plus grandes multinationales de la planète. Personne n'est venu pour se montrer. Nul ne doit troubler la libre parole: les journalistes sont tenus à l'écart par un service de sécurité considérable. Le titre de cette réunion? "En marche vers une nouvelle civilisation." John Cage, cadre dirigeant de Sun Microsystems, lance la table ronde consacrée à la technologie et au travail dans l'économie globale. Cage s'adresse à ses compères et affirme qu'il emploie son personnel au jour le jour, en fonction des besoins. Son voisin de table, qui est nul autre que David Packard, confondateur de Hewlett-Packard, lui d'abord la question suivante: "De combien d'employés as-tu vraiment besoin, John? "Cage répond:"6, peut-être 8. Sans eux nous serions fichus." Le professeur Rustum Roy, universitaire, à son tour lui demande: "John, combien de personnes travaillent actuellement pour ta compagnie, Sun Sytems?" Cage répond:"16 000". On n'entend pas le moindre murmure dans la salle: pour les personnes présentes, l'idée qu'il existe des légions de chômeurs potentiels encore insoupçonnées est une évidence. Dans le siècle à venir, 20% de la population active suffiraient à maintenir l'activité économique mondiale. Ces deux dixièmes de la population participeront ainsi activement à la vie, aux revenus et à la consommation. Mais pour le reste? Peut-on envisager que 80% des personnes souhaitant travailler se retrouvent sans emploi? Alors que ces élites étaient censés travailler sur l'avenir du travail, les voilà qui se consacrent à ceux qui n'en auront plus. C'est un nouvel ordre social que l'on dessine au Fairmont, un univers de pays riches sans classe moyenne digne de ce nom. Que fera-t-on? L'avenir, les participants à cette réunion le résument en un concept:le tittytainment. Le terme (et son concept) est proposé par nul autre que Zbigniew Brzezinski, qui fût conseiller pour la Sécurité nationale auprès du président américain Jimmy Carter. Il se consacre depuis aux questions géostratégiques. Tittytainement, selon lui, est une combinaison des mots entertainment et tits, le terme qui désigne les seins. Brzezinski ne pense pas au sexe, ici, mais plutôt au lait qui coule de la poitrine d'une mère qui allaite. Pour lui, et ses compères qui approuvent, il faudra trouver une façon pour concocter un cocktail de divertissement abrutissant et d'alimentation suffisante qui permettrait de maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète...

Tiré du livre "Le piège de la mondialisation", Solin-Actes Sud, et écrit par deux journalistes connus en Europe: Hans-Peter Martin et Harald Schumann....

Que c'est joli! Vite, des Olympiques à tous les 6 mois! Je suis drogué à ça, je veux des modèles, des winners que je ne connais même pas par dessus le marché. Je veux vivre par procuration, m'indentifier à des drapeaux, à des individus qui paient des taxes au même ministère du Revenu que moi. J'veux mon fix, j'ai un rush, AIDEZ-MOÉ QUELQU'UN!

D'accord pour la pratique du sport, mais non au sport-spectacle envahissant, et surtout pas mur à mur dans les bulletins d'informations. Pour ce qui est des Olympiques, faut être crédule pour ne pas croire qu'il ne s'agit là qu'un véhicule publicitaire. Des pubs partout, à toutes les cinq minutes. Pour ce qui est des modèles (compétition, persévérance, performance, courage), il n'est pas question que mes enfants (à venir) s'identifient à cette connerie de pots-de-vins, de dopés (pour gagner) et de tricheurs. C'est ça le capitalisme. Il rend con.

Petite note: si voulez apporter des commentaires sur mon texte, svp, faîtes-le sur la première partie du texte (des faits) et non sur mon opinion personnelle. Merci. Autre note pour les esprits binaires: combattre le capitalisme et ses effets dévasteurs, ne veut pas dire appuyer le bolchévisme et le maoisme pour autant.

Publié par Tartagnan le 25 février 2002 à 06:01 PM Commentaires (1)