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Et voilà, le cirque médiatique entourant les manifestations contre le Mini-sommet de l'OMC qui se tient à Montréal jusqu'à mercredi, a commencé. Toute "l'objectivité" des journalistes et des présentateurs de nouvelles éclate au grand jour, comme à chacune de ces manifestations. Voici ma critique de la couverture médiatique des premiers événements.
Première désinformation: la théorie de l'affrontement.
La plupart des médias parlent "d'affrontement" pour décrire les actes de vandalisme de ce matin. Le dictionnaire Robert définit l'affrontement comme "se heurter dans un combat". Précisons que 4 vitrines ont été brisées et que quelques graffitis ont été peint sur des voitures de luxe et des édifices. Peut-on vraiment parler d'affrontement, ou d'inflation de vocabulaire?
Ce graffiti perpétré sur une BMW montre bien l'ampleur du carnage qui s'est déroulé ce matin...
Un autre terme galvaudé par les journalistes est l'étiquette de "violence", appliquée sans discernement pour décrire les actes de certains manifestants un peu plus radicaux. Puisqu'aucun être humain n'est la cible de ces actes, peut-on parler de violence? Il me semble que le mot "vandalisme" est davantage approprié, davantage à l'échelle. Le dictionnaire Robert définit le vandalisme comme "la destruction ou détérioration des oeuvres d'art, des équipements publics". Le terme s'applique ici parfaitement, bien que ces symboles de la mondialisation ne soient ni des oeuvres d'arts, ni des équipements publics, mais tentent de s'y substituer.
D'ailleurs, un fait à souligner quant au cadre "objectif" des médias télévisés: remarquez les publicités qui sont diffusées avant et après les reportages couvrant les manifestations. Vous retrouverez les cibles exactes du vandalisme de ces militants. Les militants plus radicaux ont vandalisé un fast-food américain, une banque, un chaîne de vêtements qui utilise des sweat-shops, un centre de recrutement de l'armée et quelques voitures de luxe. À part l'armée, vous verrez des publicités de ces compagnies "enrobant" la plupart des bulletins d'information. N'y voyez-vous pas, comme moi, le potentiel flagrant de conflits d'intérêts?

Heureusement, les manifestants ont fracassé les vitrines d'un Murder King, et non pas de ce commanditaire de RDI et de LCN qui diffuse ses publicités entre chaque tranche de reportages...
Le choix des mots, qui est le même de média corporatif en télévision d'État, n'est pas laissé au hasard. On utilise le vocabulaire de façon flagrante pour influencer l'opinion publique, pour distiller la peur. À RDI, on conseille aux téléspectateurs "d'éviter le centre-ville, qui n'est pas sécuritaire". Un peu plus et on se croirait à Bagdad pendant les bombardements.

Alors que le citoyen normal voit des gens qui brandissent des pancartes ou des étendards, les journalistes spécifient que les manifestants sont armés de bouts de bois.
Parfois, les journalistes nous donnent même l'impression de travailler pour la police, comme Catherine Kovacs de RDI qui affirme en ondes, vers 10h50: "J'ai cru remarquer qu'il y avait des gens, qui étaient sans doute des informateurs pour les manifestants, qui se promenaient en bicyclette. Alors, ils vont d'un endroit à l'autre et ils informent ces jeunes-là, c'était très évident, comment que ça fonctionnait, ils sont venus voir le groupe, ils étaient deux, et ils leur ont donné des indications et ils repartaient, alors, vérifiez les jeunes en bicyclettes". Et s'il subsistait un doute quant à la mission de madame Kovacs sur les lieux, elle rajoute: "Depuis une demi-heure, ils ne font absolument rien, mais de toutes façons, nos caméras les surveillent".
Deuxième désinformation: l'arrestation de Jaggi Singh.

Ne sortez jamais avec deux autres personnes, la police considère celà comme un attroupement illégal.
Julie Marcoux de RDI donne le ton quant à cet événement, en affirmant que "on a l'impression que monsieur Singh a le don de se mettre dans l'embarras, chaque fois qu'il manifeste à un endroit, il est souvent arrêté, presque toujours". À partir de là, on laisse sous-entendre qu'il est normal que Jaggi Singh soit arrêté, puisqu'il l'a été à maintes reprises par le passé, que c'est sa faute s'il est victime de répression policière. Il n'avait qu'à rester chez lui, rien ne lui serait arrivé.
Marie-Claude Veillette, elle aussi de RDI, tente de justifier les méthodes policières en décrivant les manifestants en ces termes: "On ne parle pas d'enfants d'école là, on parle quand même de gens qui ont des convictions". Attention aux gens qui ont des convictions chers téléspectateurs, ce sont les plus dangereux!
Catherine Kovacs, qui était la seule journaliste présente avec les caméras de RDI lors de l'arrestation nous dit qu'il s'agissait d'un "petit groupe" (ils étaient trois, incluant Jaggi), "qu'ils ont traversé la rue et que la police les attendaient aux trois autres coins, qu'ils les ont entourés, et qu'ils ont procédés à l'arrestation du militant bien connu". Elle affirme elle-même que le porte-parole de la police interrogé sur les lieux quant aux motifs de l'arrestation "n'a rien voulu dire", mais en aucun moment, elle ne soulève la légalité de l'arrestation.

La première justification donnée par les journalistes pour l'arrestation de Jaggi Singh était qu'il n'avait pas le droit de se trouver à moins de 200 mètres de l'Hôtel Sheraton, à cause de ses différentes probations. Lorsqu'on regarde sur une carte de la ville de Montréal à l'échelle, on peut voir que Jaggi Singh a été appréhendé en dehors des limites qui lui étaient imposées par la loi.
Les policiers auraient ensuite donné "attroupement illégal" comme cause de l'arrestation. Pourtant, Jaggi Singh n'était accompagné que de deux personnes, qui elles, n'ont pas été arrêtées lorsqu'on "passait les menottes au militant altermondialiste bien connu". Ce motif non plus ne tient donc pas la route. On parle de stratégie de la part des policiers pour "intimider les manifestants et faire un exemple", mais aucun journaliste ne semble vouloir soulever la légalité de cette arrestation.
Troisième désinformation: aucune image des arrestations à la Zone Verte.

LCN diffuse en direct l'escouade anti-émeute qui s'en va procéder à des arrestations massives qui, elles, ne valent pas la peine d'être diffusées...
Alors que les médias télévisés diffusent ad nauseam les images des quelques vitrines fracassées et des deux voitures vandalisées, aucun média ne présente des images des policiers à l'oeuvre lors des arrestations massives qui ont eu lieu sur la rue St-Laurent, à côté de la librairie Alternatives. À 11h06, Nathalie Roy de LCN va jusqu'à affirmer que "les policiers sont en train d'intervenir au moment où on se parle", mais les journalistes ne semblent pas préoccupés de filmer ces arrestations, se contentant de rapporter qu'elles sont en train d'avoir lieu.
Vers midi, la journaliste Geneviève Asselin, qui est en direct de l'intérieur du Sheraton, nous rassure en nous expliquant que les manifestations à l'extérieur n'ont eu "aucun impact" sur les rencontres à l'intérieur. Ouf. Le catimini des élites est préservé! La voix de la dissidence n'est pas parvenue à l'intérieur du Sheraton!

Ne pensez pas à la centaine d'êtres humains qui ont passé quatre heures ligottés dans les paniers à salade, sans eau ni accès à une toilette. Pensez plutôt à cette pauvre vitrine, diffusée non-stop toute la journée...
Quelques journalistes évoquent en début d'après-midi qu'une centaine d'arrestations ont eu lieu à la Zone Verte, et que la police a le droit de détenir ces gens pendant 48 heures. Ils pourraient être relâchés, coïncidence, exactement à la fin du Mini-sommet. On apprend aussi que le candidat de l'UFP, Amir Khadir, ainsi que son épouse, qui faisaient tous deux partie de l'équipe médicale veillant sur les manifestants, ont été arrêtés. Alors que les caméras de tous les médias se trouvaient au bon endroit pour documenter les vitrines brisées plus tôt ce matin, aucune caméra n'a daigné documenter l'intervention musclée des policiers à la Zone Verte.
Dire que certains médias semblent surpris lorsque leurs camions, comme ceux de RDI aujourd'hui, sont vandalisés par les manifestants...
Publié par Bob L'Aboyeur le 28 juillet 2003 à 05:35 PM
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