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Au XXIe siècle, les homicides entre conjoints représentent une importante proportion de tous les homicides commis au Canada. En 2000, ils constituaient 17 % de tous les homicides résolus et 52 % des homicides familiaux. En 2000, 67 personnes ont été tuées par un conjoint au Canada et les 3/4 des victimes (soit 51) étaient des femmes. Trente-sept femmes ont été tuées par un conjoint d'alors (mari ou conjoint de fait) et 14 par un ex-conjoint. Parmi les 16 hommes tués par une conjointe en 2000, 13 l'ont été par la conjointe avec laquelle ils vivaient et 3 par une ex-conjointe (Statistiques Canada).
Moins fréquent que le meurtre d'une femme par son conjoint (uxoricide), le meurtre d'un homme par sa conjointe (maricide ) a tout de même existé à toutes les époques. On le qualifiait de "petite trahison" aux siècles derniers alors que le meurtre d'une conjointe était considéré comme un "crime passionnel". Le maricide a toujours été perçu différemment et puni plus sévèrement.
Au printemps 2003, la criminologue Sylvie Frigon a publié éditions du Remue-ménage à Montréal un" L'homicide conjugal au féminin, d'hier à aujourd'hui" dans lequel elle analyse les moments forts des procès de 28 femmes canadiennes condamnées pour homicide conjugal au cours de 1866 à 1954. Elle passe ensuite en revue des décisions légales plus récentes relativement aux femmes maricides, en s'attardant à l'arrêt Lavallée qui a consacré l'admissibilité du syndrome de la femme battue (SFB) comme défense. Le dernier chapitre de son livre est consacré à des témoignages de femmes maricides et à ceux d'intervenant-es. Les femmes qui tuent dans le contexte de la violence conjugale le font généralement pour se défendre ou préserver la vie de leurs enfants. L'auteure conclut, à la suite d'autres expert-es, que le droit canadien est discriminatoire pour les femmes, notamment, pour les femmes accusées dans un contexte de violence conjugale et qu'il ne tient pas compte ni de leur réalité ni de leur point de vue.
Le syndrome de la femme battue (SFB)
L'auteure s'attarde au syndrome de la femme battue (SFB), reconnu comme défense dans plusieurs pays, dont le Canada, et en analyse la portée et les limites. Ce syndrome n'est pas une maladie mais un ensemble de signes cliniques post-traumatiques et il fournit quelques éléments de réponse aux questions souvent posées : "Mais pourquoi se laissent-elles battre ? Pourquoi ne partent-elles pas ?" Le syndrome de la femme battue, "c'est comme un tableau persistant qui s'intensifie avec l'accélération des gestes de violence causés par le conjoint abuseur. La femme victime d'abus se sent isolée et impuissante. Elle croit que son conjoint est tout-puissant et elle s'y soumet passivement. Ses perceptions sont restreintes, toutes ses énergies se concentrent sur des stratégies de survie à court terme. Elle est constamment en alerte face aux comportements de son conjoint et à ses moindres changements d'humeur. Dans une tel contexte, la femme en vient à développer une impuissance apprise qui ne lui permet plus de trouver des solutions pour sortir de la situation d'abus, comme par exemple en se réfugiant dans un centre pour femmes en difficulté, en laissant derrière elle le conjoint abuseur. Lorsque ces femmes en viennent à craindre pour leur vie, la seule solution envisageable devient alors de se défendre contre le conjoint avant que celui-ci les supprime. Il ne s'agit pas d'un choix délibéré ni d'un geste prémédité, la capacité de ces femmes de trouver des solutions plus adaptées étant nettement altérée par le perpétuel contexte de violence dans lequel elles ont vécu."
Cette défense à portée limitée est perçue par des spécialistes comme une tutelle juridique et psychanalytique imposée à une catégorie d'accusées (...)
Pour lire le compte-rendu intégral:
" L'homicide conjugal au féminin, le droit au masculin ", par Micheline Carrier
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Publié par Sisyphe le 24 septembre 2003 à 10:21 AM
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