Le prix de la démocratie

Les chiffres concernant les dépenses électorales d'avril dernier ainsi que les rapports financiers 2002 des Partis politiques au Québec viennent enfin d'être rendus publics par le bureau du Directeur Général des Élections du Québec. Pour ceux qui, comme moi, considèrent que nous vivons dans une ploutocratie et non pas une démocratie, ces chiffres viennent prouver hors de tout doute que la lutte pseudo-démocratique ne se déroule qu'entre organisations politiques millionnaires. Tout d'abord, regardons le bilan financier 2002 des différents Partis officiellement reconnus au provincial, en commençant par les trois partis les plus riches, qui sont, vous l'aurez deviné, le Parti Libéral du Québec, le Parti Québécois et l'ADQ.

Est-ce une coïncidence si le Parti au pouvoir est aussi celui qui avait les revenus les plus élevés en 2002?

Le PQ, comme lors de l'élection du 14 avril dernier, arrive bon deuxième.

Au moins l'ADQ rejoint le club des organisations politiques millionnaires. Quel soulagement!

Sous cette simple appellation "autres entités" se cache en fait pas moins de 10 organisations politiques, soit le Bloc Pot, le Parti Communiste du Québec, le Parti Démocratie Chrétienne du Québec, le Parti Démocrate du Québec, le Parti Égalité, le Parti Innovateur du Québec, le Parti de la Loi Naturelle du Québec, le Parti Marxiste-Léniniste, le Parti Vert et l'UFP. Les revenus de tous ces autres Partis mis ensemble totalisent un énorme 169 765$. Peut-on vraiment parler de lutte égale ou démocratique?

Un autre élément d'inégalité qui est mis à jour par ces données est l'engagement de l'État dans le financement des Partis. On peut voir que les Partis qui réussissent très bien à s'auto-financer et à se payer une campagne électorale d'envergure sont ceux qui bénéficient le plus des largesses de l'État, alors que les Partis militants ou populaires qui font des campagnes électorales avec des montants risibles et de la bonne volonté sont à peine supportés financièrement. En 2002, la participation financière de l'État au PLQ s'élevait à 1 277 477 $, celle du PQ était de 1 272 056 $ et l'ADQ 398 986 $. Vous trouvez que la participation de l'État dans l'ADQ est ridicule en comparaison au PQ et au PLQ? Que penser de la participation de 41 860 $ aux dix autres Partis, ce qui représente une aide d'à peine quatre mille dollars par Parti? Une démocratie qui se respecte ne ferait-elle pas l'inverse, en favorisant l'émergence de nouvelles idées dans l'arène politique, plutôt que de toujours favoriser les Partis millionnaires qui s'incrustent?

Combien coûte une élection?

Ensuite, ce sont les montants engrangés pour la dernière campagne électorale qui sont révélateurs, puisqu'ils nous permettent de répondre à des questions telles que "combien coûte le trône du Québec" ou "combien coûte un siège de député". L'ADQ a investi 4 069 381 $ pour la dernière campagne de son chef et 3 389 809 $ pour la campagne de ses candidats, pour une somme totale de 7 459 190 $. Comme ils n'ont récolté que 4 sièges de députés, ça revient à 1 864 798 $ du siège adéquiste. C'est probablement le pire rapport qualité-prix de toute l'histoire électorale du Québec.

Alors que l'ADQ a investi d'avantage dans la campagne de Mario Dumont comparativement à l'ensemble de candidats du Parti, le Parti Québécois fait le contraire. La campagne du chef disposait d'un budget de 3 636 361 $ et celle des candidats du Parti de 4 786 895 $, pour un total de 8 423 256 $. Refaisons le calcul basé sur les 45 sièges qu'a récolté le PQ aux dernières élections, et nous pouvons conclure que chaque siège péquiste a coûté 187 183 $ et cinquante sous. C'est pratiquement dix fois moins qu'un siège adéquiste!

Voyons maintenant la formule gagnante pour remporter une élection, le bon dosage dans les investissements de campagne. Le Parti Libéral du Québec a misé 3 127 720 $ sur la campagne de Patapouf, mais 5 460 913 $ sur celle des candidats du Parti. Le total de la campagne s'élève donc à 8 588 633 $. C'est à peine 165 000 dollars de plus que l'investissement du PQ, mais c'est dans la répartition que semble résider le secret de la réussite. Pour preuve, divisons ce montant par les 76 sièges que le PLQ a récolté, et nous arrivons à l'incroyable performance de 113 008 $ et 13 sous du siège libéral!

La preuve est faite, la démocratie revient moins cher avec le PLQ!

Publié par Bob L'Aboyeur le 04 décembre 2003 à 02:57 PM TrackBack Commentaires (0)