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On ne semble pas comprendre au Québec que c'est par le biais des sciences dites humaines que l'on peut espérer faire connaître les cultures et les religions créées par les humains. Voici une réflexion détachée de la réalité immédiate et politique. Et pourquoi pas rêver... Peut-être que le Ministère partira en montgolfière pour découvrir que l'école a une dimension nuage. Tout n'est pas industrie. Est-on revenu à l'âge de pierre d'un certain 19ième siècle hanté par le productivisme?
Autrement dit... sur l'éducation encore.
De l'anthropologie à l'histoire, les démarches scientifiques s'appuient sur des interrogations qui, toutes, demeurent hors du contrôle de ce que l'on nomme religion ou mythologie. La grandeur de l'homo sapiens est dans cette capacité de questionner et de chercher ainsi que de négocier des modes de vie, donc d'articuler des ´valeursª et de les traduire concrètement dans des ´organisationsª de la vie.
Ce que l'école permet, en plus d'acquérir et de jauger les acquis en tous les domaines, c'est de poursuivre des interrogations, des recherches et parfois d'être créateur. L'école en ce sens est le lieu par excellence de toutes les libertés, de la liberté.
Elle met en question tous les pouvoirs établis, prisonniers de leurs ritualismes, des dogmatismes et des intérêts qui ne sont souvent pas axés sur les biens collectifs. Les sociétés, qui se meuvent dans des routines quotidiennes et cycliques (selon certains rythmes dont ceux sur lesquels elles n'ont pas de contrôle), justifiées par des mythes et des idéologies, ont toujours cherché à contrôler l'école afin qu'elle soit une ´entrepriseª de moulage, moule religieux chez la plupart, moules idéologiques chez tous. On l'a comparé aux grands rites d'initiation qui permettaient aux communautés humaines de se perpétuer de génération en génération.
Elle a commencé son émancipation lors des premiers grands questionnements des mythes et des visions du monde contrôlés par des cléricatures au service des pouvoirs établis. Et lorsque des créateurs et créatrices exploraient l'expression "humaine" au-delà des servitudes aux pouvoirs ´célestes et terrestresª.
Cependant, sa liberté intrinsèque a toujours été une menace, à tel point que des disciplines, des oeuvres, des inventions sont nées dans les marges, souvent dans cette zone dite asociale (pensons aux philosophes et savants exécutés ou bannis, aux créateurs exilés ou répudiés ou méconnus, etc.).
Depuis quelques siècles, l'effervescence de la découverte et des explorations de l'ensemble du monde, de notre monde, et de l'univers, ainsi que la complexification des modes de vie et des interdépendances, favorisent l'émancipation de l'école et placent toute société dans une situation paradoxale: intégrer à sa vie et ses modalités d'organisation de la vie un ´espace de libertéª, l'école, en espérant que les "forces" de questionnement et de création rejaillissent sur l'ensemble de la société. C'est un grand pari, car la socialisation est loin d'être un mode de ´reproductionª de l'identique - on pourrait utiliser la métaphore du clonage - le bon citoyen responsable, conformé, consommateur et producteur selon et selon le préétabli du ronron social. La socialisation n'est possible que dans et par la négociation entre personnes souveraines, autonomes et libres. L'école, là, joue un rôle primordial. En d'autres mots, pour revenir au point de départ, on n'éduque pas ´à la religionª, on éduque à la liberté: l'éducation, ici et là, n'a pas le même sens.
Publié par Hermès le 06 juillet 2004 à 04:45 PM
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