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Suite à la demande de Guillaume, je publie aujourd'hui le compte rendu de son voyage en Argentine, d'ailleurs, Guillaume m'enverra d'autres récits de son voyage dans les prochaines semaines.
Je suis présentement à CÛrdoba, la ville qui a vu grandir le Che. Je m'en vais déjà toutefois parce que j'avais besoin d'un arrêt avant de continuer pour changer le rythme un peu. Ça fait quatre mois que j'étais à Buenos Aires et je m'étais développé une existence très très riche à tout les plans de vue. Sauf au niveau financier toutefois. Mais toutes ces idées, ces relations, ces gens, ce bruit, ces émotions, ces camarades, ces Argentinas... Ça devenait étourdissant. J'ai beaucoup appris et Buenos Aires est fascinante mais je crois bien qu'il faut savoir la quitter avant qu'elle te bouffe...
Buenos Aires est une ville triste, son âme est torturée et ça s'observe constamment. Je me méfiais du tango comme tout étranger qui débarque au Canada devrait se méfier de la police montée, les stéréotypes, mais le tango n'en est pas un. Cette musique, c'est aussi la nostalgie et/ou la souffrance, ma colloc ajouterais la complaisance ce qui ne me parait pas faux, et elle s'applique bien aux Argentins qui travaillent sans relâche sur leur rêve d'être l'Europe en refusant obstinément de s'avouer qu'il s'agit là de quelque chose d'impossible. Tout ça, je dirais que c'est la faute d'une classe plutot aristocrate qui n'est jamais disparue dans ce pays, comme dans la plupart des pays latino-américains j'ai bien peur. Une bourgeoisie comprador qui ne jure que par le mode de vie qu'on trouve au Nord et qui dénigre systèmatiquement ce qui se fait ici. Les classes aisées ne boivent pas de maté ou ils le font en cachette, beaucoup trop criollo pour leur image.
L'image. La supercifialité, voilà le cancer de Buenos Aires à mon avis. Ma vision du français à changée ici à force de voir tant de gens fasciné par cette langue et l'apprendre. Et de fait, beaucoup d'Argentins parlent français (le Québec fait de la pub pour recruter des "cerveaux" ici) et je me suis amusé à dire souvent que l'Argentine est le prochain pays à entrer dans la Francophonie (à moins qu'il y soit déjà?) Il y a des pubs de TV5 dans le subte. Mais affection pour le français n'a rien à voir avec ce que peut-être le français au Canada, c'est le fantasme de parler la langue des aristocrates européens. Les aristocrates argentins vivent à l'époque qu'on trouve lorsqu'on lit du Tolstoï, c'est pas croyable. Et tout ça à tout de même des répercussions sur la quasi totalité de la société.
Rien de plus commun par exemple qu'un chauffeur de taxi qui traite un motocycliste de "Bolivien". Parce qu'évidemment, si on vénére l'Europe, on méprise ou ignore les morenos aux alentours et je vois dans cette attitude un boulet pour le Mercosur.
Kirchner. En effet, les choses avaient très bien commencées pour lui malgré le fait que Duhalde le considérait peut-être un peu comme sa propre marionette . Pourtant, Kirchner se mit à se battre sur tous les fronts avec un appui très grand dans la population toujours traumatisée par l'instabilité de la crise. Cette crise, comme on me l'expliquait dans la Boca, un quartier très pauvre, on ne l'a presque pas ressentie dans les villas (les favelas), parce qu'eux, c'est la décennie Menem qui les as littéralement exclus (voir Memoria de un Saqueo de Solanas) mais bien les crises moyennes et un peu plus élevées qui se sont levées pour récupérer leur argent. Aussitôt fait, ces gens-là se sont remis à rêver à leur avancement personnel. Favorable d'abord à l'intransigeance d'un Kirchner qui le levait dans les crises et était le premier à maitriser plus ou moins la situation, ils s'irritent de plus en plus au contact des manifs de piqueteros que Washington et le FMI se serait mis à dénoncer en plus. Dans les journaux, c'est flagrant, l'ancien combat pour la dignité des Piqueteros est devenu un fléau pour les bons citoyens qui ne peuvent circuler librement.
Une bonne partie de la population s'étant fatiguée du style Kirchner, on s'est mis à voir un jeune coq qui veut se battre avec tout le monde. Le point tournant pour le Président c'est la combinaison ESMA + Bloomberg. La ESMA (école de mécanique de l'armée), c'était un lieu de torture pendant la dictature que Kirchner a transformé en musée durant un acte symbolique très fort et qui aurait touché les cordes sensibles d'une bonne partie de la population, très hostiles aux péronistes et défendant les militaires (et oui, ça existe). Bloomberg, c'est l'offensive. Une réunion monstre devant la Casa Rosada organisée par cet homme, père de Axel Bloomberg, qui a levé un mouvement "pour mettre fin à l'insécurité". Les séquestrations en effet se multipliraient depuis trois ans (qu'est-il arrivé donc, il y a trois ans? est la question que ne se pose pas la droite ici). Les inégalités continuant d'empirer depuis Menem et sa razzia, on se retrouve avec de plus en plus "d'insécurité". Alors, qu'est-ce qu'il demande ce Bloomberg et toute ces pétitions qui circulent à Buenos-aires? Le renforcement des peines de prisons, la multiplication des policiers et de leur pouvoir... La pensée de Bloomberg est immanquablement d'extrême-droite.
Alors depuis, on tire à boulet rouge sur Kirchner qu'on accuse de "garder le silence devant les piqueteros". Kirchner perd de plus en plus d'appui à l'intérieur même du PJ qui devient de plus en plus dur à comprendre pour moi. Les Duhaldistes se battent avec les Kirchneristes pendant que les Menemistes reviennent dans le décor.... Mais j'ai bien peur que Kirchner sois en difficulté.
Je pense que la situation n'est pas très bonne. La seule chose que l'on veut lorsqu'on est jeune ici, c'est de se trouver des racines européennes et demander sa nationalité pour foutre le camp. Combien de fois est-ce que des Argentins se sont adressés à moi avec une intonation qui disait, on le sait, ici, c'est pas comme au Canada, un pays "bien organisé, ici todo es hecho de mierda. Les préjugés négatifs contre tout ce qui est "Industria argentina" n'ont d'égal que le nationalisme, qui me semble une réponse à un manque, justement.
Buenos Aires me ferait penser à un modelo ou une personne très belle qui se construit en fonction de quelque chose qu'elle n'est pas et qu'elle ne sera jamais. Je l'ai trouvé un peu comme une personne si superficielle qu'on la sent très pertubée à l'intérieur. Qu'importe l'intérieur pour elle de toute façon, on mise tout sur l'image dans cette "capital de un imperio que no fue" (Malraux).
Mais la viande, elle est imbattable et ça au moins, ils s'en rendent compte les Argentins. Ils est l'heure justement que j'aille enfoncer encore plus profondément en moi mes vélléités naissantes que j'ai pu avoir de végétarisme, et que je me trouve une bonne parilla pas chère. Je pars à 22h'00 pour Mendoza.
J'aurai peut-être quelques petites choses à ajouter sur les médias ici parce que c'est un peu le thème qui nous a mis en contact.
Guillaume
Publié par Libertador de Conciencia le 01 juillet 2004 à 03:08 PM
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