Partir, revenir...

En une année, le Parti Québécois nous en a fait vivre. Entre la démission inattendue de Bernard Landry, le départ attendu d'André Boulerice et celui précipité de Pauline Marois, je me rends compte à quel point ce parti plonge, à chaque départ, plus profondément dans l'incertitude de son avenir. À l'image d'un monde un peu à l'envers. À qui profitera ce nouveau départ? Au renouvellement du parti ou à la réelection de Jean Charest? En politique, plus rien ne me surprend. Je n'en suis pas membre mais le PQ c'est une affaire de famille, pour le meilleur et pour le pire. 

Le départ de Pauline Marois ne me laisse pas indifférent. Elle est arrivée en politique en même temps que moi je suis arrivé au Québec. Je l'ai vu enceinte, portant des lunettes géantes, le nouveau immigrant que j'étais la trouvait marrante. Elle a par la suite adopté une attitude et un style. Sa grande réalisation pour moi c'est d'avoir fait avancer le Québec vers un peu plus de laïcité.   

Le soir même de sa deuxième défaite dans la course à la tête de son parti, 25 ans après son arrivée en politique, Pauline Marois s'est révélée une femme touchante. Ironiquement, ce soir là, elle n'aura jamais été aussi proche du coeur des Québécois. Aujourd'hui, alors qu'elle annonce son départ, contrairement à d'autres, je n'arrive pas à la trouver trop vieille ni trop ancienne pour quitter déjà la politique active. Le discours sur le renouvellement du parti est tenu par certains jeunes du PQ dont la langue de bois ne promet rien de si nouveau. Sans la maturité des anciens, un parti politique est destiné à disparaître. Alors, pourquoi celle qui a accumulé l'expérience de 9 ministères quitte un parti qui a plus que jamais besoin d'elle? Son coeur n'y est plus parce que probablement elle ne se sent plus désirée par ceux qu'on appelle les nouveaux. 
 
Le point déclencheur de sa décision ne serait-il pas le refus de Boisclair à toute coalition avec le nouveau parti souverainiste de gauche, Québec solidaire? Ce n'est pas impossible puisque Jean-Pierre Charbonneau, un des très proches de Marois, avait souhaité publiquement la possibilité d'une telle coalition.  
 
Est-il possible que le départ de Pauline Marois soit stratégique? J'ai compris de sa conférence de presse que son retour à la politique active n'est pas chose complètement exclue. Si c'est le cas, ce n'est pas une mauvaise stratégie. Si la démission de Bernard Landry est une erreur grave, son retour aurait aggraver la situation. Par contre, si Boisclair n'arrive pas à se montrer l'homme de la situation pour les prochaines élections, si Charest gagne avec un gouvernement minoritaire, Marois alors paraîtrait enfin comme une lumière rassembleuse vers laquelle les militants du PQ pourraient se diriger. Si cela arrive, le PQ serait-il capable de se montrer cette fois plus solidaire?  
 
On peut déjà se questionner si le départ de Marois ne met pas Boisclair et son parti dans une situation encore plus fragile. D'une part, le PQ ne peut et ne doit pas capitaliser ses chances d'être réélu uniquement sur le bilan de l'actuel gouvernement et d'autre part les plus jeunes de la relève du parti ne sont pas aussi connus et populaires que Boisclair. L'heure de vérité pour le nouveau chef et son parti sonnera quand d'autres anciens  annonceront leurs départs. J'ai déjà une grande peine à envisager le départ de Louise Harel. C'est elle le poteau mitant qui tient ce parti encore debout. Dans sa peine devant le départ de son amie Pauline, j'ai senti la douleur et l'impuissance de toute une génération. Que restera t-il de mature au PQ après le départ des Harel, des Charbonneau, des Gendron et des Maltais? 
 
Quoi qu'il arrive, j'espère que le départ de Pauline Marois, et tout ce qu'elle représente, n'est pas le début de la fin d'un rendez-vous du Québec avec son destin.
 
On se rend compte de la valeur des gens quand ils partent.  Mais parfois aussi, quand ils reviennent...    
 
Bientôt le Québec sera solidaire ou ne le sera pas. 

Publié par Mohamed Lotfi le 29 mars 2006 à 10:19 AM TrackBack Commentaires (8)