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Surprenant bonhomme. Combien de fois ses récitations politiques exprimaient des contradictions? Combien de fois a-t-il protesté de son innocence et de sa chevalerie? Invoqué la démocratie pour réaffirmer qu’il l’incarne, tout minoritaire qu’il est. Il en a appelé au peuple, ce même peuple qu’il “arrosait de propagande” sous le nom de publicité, ce peuple scindé en deux dans les discours, ce peuple qui a élu une Chambre bigarrée en choisissant des lieutenants pour défendre ses volontés. Il a attisé la pire des passions, la peur de l’autre. Vilipender le Bloc, c’est injurier les électeurs et électrices du Québec.
Susciter la haine dévoile la vraie nature de l’homme et des commettants auxquels il faisait appel. La dénomination “séparatistes”, “made in Quebec”, montre le visage horrifié du racisme “made in the West”. Quand un premier ministre et son parti se servent d’une rhétorique démagogique -- coup d’État; putsch; socialisme; séparatiste, etc. -- comme appui pour défendre sa légitimité, il révèle que le pouvoir pour le pouvoir est sa finalité première. Pour avoir raison ne faut-il pas prendre le pouvoir?
Une majorité en Chambre s’élève pour bannir des politiques jugées néfastes pour le pays et pour le Québec dans la conjoncture . Contre les règles du parlementarisme d’ici, le premier ministre décide seul de suspendre les travaux de la Chambre. Le comble? Il fallait le diktat d’une représentante de la Couronne britannique, une personne non élue, médiatrice d’une volonté totalement étrangère à tout le processus démocratique. Quelle couardise que contre tous les principes de la démocratie d’ici de faire appel à une volonté dont la seule légitimité est le “sang”, sang rendu noble que par la violence d’antan.
Il y a maldonne. Le mot démocratie a été élevé au niveau d’un orchestre de cors et de trompettes. Quelle portée de ce signifiant dans quel cerveau? Le cerveau pensant du gouvernement minoritaire ne pouvait s’élever à la hauteur requise pour examiner la pire crise économico-financière depuis la grande dépression. Au coeur de toute démocratie, l’idée de justice est cruciale. La justice au-delà du légalisme du droit et de la constitution, c’est-à-dire celle qui appelle à s’élever sur le plan de l’esprit, celui qui en état de veille pèse et repèse toutes les options possibles à partir d’une saisie de la réalité existentielle de tous les Canadiens. Cette hauteur dépasse celle des idéologies ou des hantises de captation du pouvoir. Les conservateurs ont éludé cette responsabilité, en tant que minoritaires, et chuté vers le plancher idéologique étroit et sans vision .
Tous les parlementaires étaient appelés à gravir cette montagne de l’idéal de la justice pour tous, car ils incarnent l’identité canadienne en tant que représentants de la volonté de tous. De fait, ils ne sont là que pour relancer la société et tous ses membres vers la poursuite d’une justice générale. En ce temps de crise économique, sociale et politique, ils se doivent de se centrer sur des objectifs précis, de négocier comment les implanter. La table est mise pour le travail en commun : négocier maintenant les meilleurs moyens. On peut s’interroger pour savoir si les élus sont à la hauteur, puisqu’ils ne l’ont pas été au cours des premières semaines de leur mandat.
Harper a préparé le terrain en lançant la serviette et accusant une bonne partie du peuple de tous les maux. Et aujourd’hui, tout en invitant l’opposition à collaborer il affirme ne rien regretter de ce qu’il a fait et dit.
Avoir l’outrecuidance d’accuser les députés élus du Québec d’être anti-Canada, de vouloir briser le pays, alors que ce pays et son ministre minoritaire s’agenouille et s’incline devant un pouvoir monarchique d’un autre État. Un pouvoir monarchique qui prétend être la voix suprême de la justice. Quels que soient les protestations et les éclats de voix annonçant que tout cela n’est que symbolique, le fait est devant nous: la Chambre est prorogée par le consentement du monarque. Quelles que soient les explications psychologiques de la personne, quelles que soient les arguments présentés par les conservateurs avant et après la déclaration de M. Flaherty, quelle que soit l’idéologie unique du parti harpérien, la Chambre, dont tous les membres sont légitimement élus, faisait face à une crise économique et financière mondiale majeure et, de plus, quoique moins rappelée, à une crise écologique sans précédent exigeant une action immédiate, alors le premier ministre a choisi d’ignorer les mandats urgents pour présenter un agenda tiré d’un vieux baril d’un dépotoir idéologique. D’où la réaction très saine de la majorité en Chambre: réagir, défaire ce gouvernement, former une coalition, chercher les assurances du Québec quitte à satisfaire des demandes spécifiques. Santé démocratique? On ne peut qu’y souscrire malgré les hésitations, les manques au plan tactique, et les négociations dont on dit qu’elles furent franches et ardues. Il ne reste qu’à souhaiter une réforme du parlementarisme canadien.
Voici quelques notes en appui, tirées de la presse du 2 décembre ‘à travers le pays. Je vais évidemment résumer.
Les propositions conservatrices ont provoqué le spectre de la chute possible du gouvernement; la formation d’ une coalition; l’appui conditionnel du Bloc pendant 18 mois; des réactions partout au pays sur la pertinence de la coalition, sur sa nature, sur ses projets, sur son leadership; des réactions aussi sur les chefs fédéraux; des échanges sur la nature de notre démocratie parlementaire.
A la Chambre, 163 députés pour le PLC, le NDP, le BQ et 143 pour les conservateurs.
Il y a coalition de deux partis qui ont négocié avec le BQ un appui lors de deux votes possibles de confiance pendant au moins 18 mois. L’essentiel du programme fut présenté ( Ottawa Citizen)
Réactions conservatrices : “un affront à la démocratie, car personne n’a voté pour un gouvernement de coalition” . Celle-ci vise à détruire le pays. Manaoeuvre antidémocratique, par des gens sans esprit (witless) ( par Curly, Larry and Moe) comparable à un coup d’État. Les libéraux et le NPD ont signé un pacte avec le diable, i.e. les séparatistes, “des gens qui veulent briser le pays”. Le fait que M.Harper a une poigne raide et dure sur le parti transforme tout ce qui se dit à l’intérieur en rumeur: on cherche à blâmer un des conseillers principaux, M. Guy Giorno, pour le marasme, mais d’autres avouent que c’est le chef qui en dernière analyse est le stratège responsable. Les blâmes n’ existent pas en pratique et les députés sous la bannière du Chef se lancent dans une campagne de persuasion. Calamité pour le Canada; destruction du pays; politique de gauche au pays, impossible (Clagary Herald et le Winnipeg Free Press). Le changement de politique serait trop rapide; l’ Alberta et la Saskatchewan hors circuit (sans ministres). Certains sont plus prudents: que tous les chefs se mettent ensemble face à la crise; travailler pour le Canada (premier ministre de l’Alberta et un député conservateur d’ Edmonton). La coalition ne cherche que le pouvoir. Le pays vit un jour sombre, car la gouverne du pays est entre les mains de séparatistes ou ceux-ci ont un pouvoir de veto. C’ est comme un coup; c’ est du sabotage; un désastre pour le pays, car il n’y a a aucun accord philosophique entre les partis de la coalition, ni même de compatibilité. La coalition produirait un carnage économique en Alberta. Le Québec prend le contrôle du pays! Le Canada, colonie, du Québec !Tous se soucient du futur du Canada [ mais pourquoi ne pas y avoir pensé avant?] Et évidemment, les membres de la coalition ont complètement perdu l’esprit, tout sens moral et leur responsabilité vis-à-vis le peuple canadien (“These politicians are behaving like spoiled, out-of-control children”).
D’ autres soulignent que Harper a fait une grave erreur; il n’ écoute pas; il n’ apprend pas; en dernière analyse, il est le seul responsable. Ce n’est pas si mauvais que les intérêts des Canadiens soient pris en charge par 62% des députés contre le 48% des conservateurs. ( Voir le National Post; le Citizen; la Presse; le Soleil; le Droit; le Devoir; Globe and Mail; Ottawa Sun; Toronto Star; Windsor Star; Edmonton Journal; Calgary Herald; Gazette; Chronicle-Herald; New Brunswick Telegraph-Journal; Times Colonist(Victoria); La Voix de l’Est(Sherbrooke); The Sault Star; Le Soleil; Winnipeg Sun; The North Bay Nugget; Le Quotidien; Calgary Herald; The Province; Thunder Bay Chronicle-Journal; The Leader-Post (Regina); The Guardian(Charlottetown); The Daily Gleaner; Le Journal de Montreal;Tribune; Chronicle-Herald).
Depuis, M. Ignatief sera le chef des libéraux; M. Harper ne regrette rien et du même souffle invite les libéraux à travailler avec lui.
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