Il y a dix ans, peu de Français savaient ce qu’était le padel. Aujourd’hui, ce sport de raquette venu d’Espagne a dépassé le cap symbolique du million de pratiquants dans le pays, selon le dernier rapport Padel Now. Derrière cette progression spectaculaire se cache un phénomène moins raconté : une véritable industrie du terrain, portée par des investisseurs privés, qui redessine la géographie du sport amateur en France.
Une croissance qui dépasse largement celle du tennis
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. La Fédération française de tennis comptait plus de 272 000 licences padel fin 2025, soit une progression de 130 % en seulement trois ans. Côté compétition, 163 164 joueurs licenciés ont disputé au moins un tournoi officiel sur les douze derniers mois, avec encore 6 046 nouveaux compétiteurs en un seul mois au printemps dernier. Le nombre de terrains, lui, a franchi les 4 000 pistes début 2026, en hausse de plus de 35 % sur un an.
À titre de comparaison, le tennis traditionnel, solidement implanté depuis des décennies, progresse aujourd’hui à un rythme bien plus modeste. Le padel, plus accessible techniquement et plus convivial dans sa pratique en double, séduit un public souvent nouveau au sport de raquette, y compris des quarantenaires et des familles qui ne jouaient pas de tennis auparavant.
L’angle moins visible : une ruée immobilière et financière
Ce qui est moins souvent raconté, c’est que cette explosion sportive est d’abord une ruée immobilière. Construire un terrain de padel coûte nettement moins cher et prend moins de place qu’un court de tennis classique, ce qui a attiré des investisseurs privés, des foncières de loisirs et des franchises de clubs qui multiplient les implantations en périphérie des grandes villes. Résultat : une offre qui se concentre d’abord dans les zones urbaines et périurbaines les plus denses, laissant de nombreux territoires ruraux à l’écart de cette dynamique.
Cette logique d’investissement rapproche le padel d’autres filières sportives en forte croissance qui attirent désormais des capitaux structurés : à l’image des startups du sport soutenues par Bpifrance via le programme Sportech, les opérateurs de clubs de padel cherchent eux aussi des financements pour accélérer l’ouverture de nouveaux terrains, avec un modèle économique qui repose sur la location à l’heure, les abonnements et parfois la restauration sur site.
Un contraste avec les autres leviers de pratique sportive
Cette dynamique très privée tranche avec d’autres leviers publics mis en avant ces derniers mois pour démocratiser le sport. Le dispositif Pass’Sport, destiné à alléger le coût de l’inscription en club, vise justement les familles aux revenus modestes, un public que le padel, encore perçu comme un sport de centre-ville assez coûteux à la pratique régulière, touche pour l’instant plus difficilement. De la même façon, la progression du sport en accès libre, via les skateparks et parcours santé municipaux, montre qu’il existe une demande forte pour des pratiques sportives gratuites, à l’opposé du modèle payant des clubs de padel.
Les derniers chiffres de licences dans les clubs, toutes disciplines confondues, confirment d’ailleurs que la rentrée sportive 2026 a été marquée par une hausse générale des inscriptions, le padel n’étant qu’une des disciplines qui tire cette dynamique vers le haut.
Ce qu’il faut retenir
- Plus d’un million de pratiquants de padel en France, un cap franchi en 2026.
- 272 000 licences FFT Padel fin 2025, soit +130 % en trois ans.
- Plus de 4 000 terrains, en hausse de 35 % sur un an.
- Une croissance tirée par des investissements privés dans l’immobilier sportif, concentrée en zone urbaine et périurbaine.
Questions fréquentes
Pourquoi le padel progresse-t-il aussi vite en France ?
Le sport est jugé plus accessible techniquement que le tennis, se joue en double dans une ambiance conviviale, et bénéficie d’un afflux d’investissements privés qui multiplient rapidement le nombre de terrains disponibles.
Le padel est-il aussi développé partout en France ?
Non. L’essentiel des nouveaux terrains se concentre dans les grandes villes et leur périphérie, portés par des opérateurs privés, ce qui laisse pour l’instant de nombreux territoires ruraux moins bien desservis.
Le padel coûte-t-il plus cher que les sports en accès libre ?
En général oui : contrairement aux équipements publics gratuits comme les skateparks ou les parcours santé, la pratique du padel passe le plus souvent par la location d’un terrain ou un abonnement en club privé.
Sources
Ce dossier s’inscrit dans les grandes évolutions du sport et des activités et dans les mutations plus larges de la tendance et des nouveautés qui façonnent les loisirs des Français.
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