Sur les plans d’eau artificiels français, une nouvelle génération de panneaux solaires prend ses quartiers. Le solaire flottant s’installe sur les barrages, les gravières et les retenues de montagne, porté par une Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) publiée le 13 février 2026 qui vise 48 GW de solaire installé d’ici 2030, et jusqu’à 80 GW à l’horizon 2035. Un virage qui redessine discrètement le paysage énergétique des territoires.
Des lacs et des barrages transformés en centrales électriques
Le principe séduit par sa sobriété foncière : plutôt que d’artificialiser des terres agricoles ou forestières, les panneaux flottent directement sur l’eau, sur des structures ancrées aux berges ou au fond. En Haute-Marne, la centrale des Îlots Blandin illustre l’ampleur que peut prendre ce type de projet : plus de 135 000 panneaux déployés sur 127 hectares d’un plan d’eau, pour une puissance de 74,3 MWc, ce qui en fait la plus grande installation solaire flottante d’Europe. Dans le Vaucluse, le parc pionnier de Piolenc a lui aussi vu sa capacité renforcée après extension.
EDF et les producteurs spécialisés accélèrent
Le mouvement dépasse les seuls pionniers du secteur. EDF, qui avait mis en service sa première centrale flottante sur la retenue d’un barrage hydroélectrique des Hautes-Alpes, prépare désormais le projet Cheylas en Isère : une centrale de 44 MWc, forte de 70 000 panneaux, dont les travaux doivent démarrer début 2026 pour une mise en service prévue à l’été 2027, avec une production annuelle estimée à 60 GWh. Du côté des producteurs spécialisés, un acteur comme Akuo revendique environ 200 MWc de projets flottants en développement, financement ou construction en France, sur une capacité globale de 1,9 GW et un objectif de 5 GW d’ici 2030.
Un potentiel technique estimé à 7 GW
Selon les estimations de l’Agence de la transition écologique, couvrir seulement 10 % des plans d’eau artificiels français suffirait à dégager un potentiel technique pouvant atteindre 7 GW, soit l’équivalent de plusieurs réacteurs nucléaires en puissance installée. Un gisement jugé stratégique alors que le foncier disponible pour le solaire au sol se raréfie et que les oppositions locales aux grands parcs terrestres se multiplient.
Le vrai sujet : concilier production d’énergie et biodiversité
C’est l’angle le moins souvent creusé dans la communication autour du solaire flottant : ces installations ne sont pas neutres pour les écosystèmes aquatiques qu’elles recouvrent. Ombrage de la surface, modification de la température de l’eau, impact sur la faune et la flore locales sont des points de vigilance identifiés par l’Office français de la biodiversité, qui travaille avec l’Ademe à des méthodologies de conciliation entre transition énergétique et reconquête de la biodiversité. Concrètement, les porteurs de projets doivent désormais intégrer des études d’impact fines dès la conception, et privilégier les plans d’eau déjà artificialisés — bassins de carrière, retenues industrielles ou hydroélectriques — plutôt que les milieux naturels sensibles.
Pour les collectivités et les investisseurs qui s’intéressent au financement de ces projets, notre rubrique Finance – Economie détaille régulièrement les mécanismes de soutien à la transition énergétique. Les professionnels du bâtiment et de l’aménagement du territoire retrouveront aussi des ressources utiles dans Immobilier – Construction, tandis que les amateurs d’innovation peuvent explorer notre rubrique Science et Technologie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le solaire flottant ?
Il s’agit de panneaux photovoltaïques installés sur des flotteurs, directement à la surface de plans d’eau artificiels comme des barrages, des gravières ou des retenues de carrière, plutôt qu’au sol ou en toiture.
Combien de projets de ce type existent en France ?
Plusieurs centrales sont déjà en service, dont celle des Îlots Blandin en Haute-Marne (74,3 MWc, la plus grande d’Europe) et le parc de Piolenc dans le Vaucluse, tandis qu’EDF et des producteurs spécialisés comme Akuo développent de nouveaux projets, à l’image du site Cheylas en Isère attendu pour l’été 2027.
Le solaire flottant pose-t-il des problèmes environnementaux ?
Oui, il peut affecter la biodiversité aquatique en modifiant la lumière et la température de l’eau, d’où la nécessité d’études d’impact et d’une conciliation avec les enjeux de biodiversité, suivie notamment par l’Office français de la biodiversité et l’Ademe.
Sources
- economie.gouv.fr — PPE 3 : programmation pluriannuelle de l’énergie
- Akuo Energy — Akuo accélère le développement du solaire flottant en France
- Actualités News Environnement — Solaire flottant : la France rattrape son retard ?
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